De New York à San Francisco: 3 jours et 3 nuits dans le Train

Voilà un rêve d'enfant qui se réalise: traverser les Etats-Unis... Plusieurs options s'offrent à moi: 
- l'avion: rapide, pas trop cher mais on ne profite pas vraiment du paysage
- la voiture: moyen de transport par excellence aux US, elle requiert des moyens (il faut soit la louer, soit l'acheter), des conducteurs, et beaucoup de temps... C'est tout de même tout un continent à traverser. 
- le bus: assez lent, et beaucoup d'autoroutes... Donc rien de transcendantal non plus en terme de vue.
- le train: plus cher que l'avion, plus rapide que le bus, plus sûr que la voiture. Il passe par les montagnes, là ou ni le bus ni la voiture ne vont. 

Mon choix est vite fait et je m'embarque pour un train trip de 72h (plus ou moins). 

Comment faire?

Rien de plus simple, on part de NYC Penn Station. On fait un changement à Chicago et on arrive à Emeryville, CA. La fin du trajet jusqu'à San Francisco se fait en bus. 

NYC Penn Station -> Chicago
3:40PM -> 9:45AM + 1 jour : Train 49 Lake Shore

Chicago -> Emeryville
2:00PM -> 4:10PM + 2 jours: Train 5 California Zephyr

Si on est organisé, on réserve son billet sur le site de l'Amtrak directement. Si on est comme moi, on se pointe à NYC Penn Station, la bouche en coeur et on espère très fort qu'il y ait de la place pour un départ le jour même... Ce qui n'était donc pas mon cas, me faisant attendre jusqu'au lendemain. Une nuit en plus à New York, une nouvelle chambre à trouver et un porte monnaie un peu plus léger, mais encore une belle journée dans la Big Apple, je ne me plains pas. 

L'expérience: de New York à Chicago

Me voilà à Penn Station, à 3:00PM comme la madame de l'Amtrak me l'a suggéré. Je suis dans le hall en attendant que le numéro de la voie soit affiché, ce qui est fait seulement 10-15min avant l'heure de départ prévue. 
Quand enfin la voie se dévoile, la 7W, nous nous agglutinons devant l'escalator et faisons la queue, le billet à la main pour un premier contrôle avant d'être sur le quai. Une fois le premier check passé, je cherche un autre membre de l'Amtrak qui m'indique dans quelle voiture monter par rapport à ma destination. Il n'y a pas de siège attribué sur les tickets alors je me pose par là, profitant de 2 sièges au calibre américain. Autant dire que pour ma carrure d'asiatique, c'est le Grand confort. L'hôtesse est super gentille et nous explique le fonctionnement des toilettes (en précisant que ce serait sympa de les laisser propres), du train, du wagon snack, du wagon resto, et des pauses clopes (ouf! ils y ont pensé, je suis sauvée!) 

Les quelques heures de jour m'offrent une jolie vue sur l'Hudson river que le train suivra un bon bout de temps, en passant par des bleds au nom inconnu pour l'inculte européenne que je suis... Graystone, Riverstone, ou encore, mon préféré Poughkeepsie... 

La nuit tombe et mon deuxième siège est finalement attribué. Le passager s'excuse et je replie mes jambes sans pour autant vraiment me réveiller. Arrivent les premières lueurs du matin... 7:00AM j'ouvre un oeil, puis le deuxième vers 7:30AM. A temps pour profiter du seul stop cigarette qu'il y aura avant Chicago. J'ai dormi 13 heures d'une seule traite, ce qui fera d'ailleurs l'étonnement de mon voisin. On l'appellera John car nous n'avons pas échangé nos prénoms mais une conversation tellement plus enrichissante. Il a 43 ans, en paraît 30. Je lui parle de voyages, il m'explique son projet de vie, je l'amorce sur l'énergétique, il me réponds avec les fantômes qu'il voit et a enregistré sur son téléphone, nous débattons de son christianisme et de ma foi non dogmatique, de la place des noirs dans la société américaine, du racisme... On se retrouve chacun dans nos propres stéréotypes qui nous collent à la peau. Elkhart arrive, on se quitte. 

On passe dans l'Ohio, dans l'Indiana à travers les petits villages de la campagne américaine... Plus de 5000 habitants quand même. Chez nous, c'est déjà une ville. Je croise le chemin d'innombrables biches, daims, hérons, mouettes et aussi une jolie petite nichée de cygnes, ce qui me fera à chaque fois sourire. 
Vous connaissez la ponctualité de la SNCF et ça vous a déjà fait grincer des dents. Attendez de voir celle de l'Amtrak. Nous atteignons Chicago tant bien que mal avec 5 heures de retard ce qui me laisse juste le temps de sauter dans le prochain train. Moi qui voulais profiter de l'escale pour voir un peu la ville, ce sera pour une prochaine fois, en avion ;)!

De Chicago à Emeryville / San Francisco

Je suis accueillie par un stewart tellement drôle, un vrai showman qui nous refait le petit laïus sur le fonctionnement du train mais avec tellement d'entrain, qu'il arrache un beau fou rire à l'ensemble du wagon. 

"Gentlemen, for the ladies' sake, brace yourself, lean and aim straight! The ladies will thank you for that. But if you miss, no worry. I'll have your back." 

On traverse à nouveau les grandes plaines de l'Ohio, pour atteindre le Nebraska la nuit tombée. Sans regret selon l'Amtraker car il n'y a rien à voir. La plus belle partie sera après Denver que nous atteignons vers 11:00AM, après une nuit courte car frigorifique. 
En quittant Denver, nous attaquons la montée des Rocheuses (point culminant de notre trajet à 9000 pieds). Toute la section de Denver à Grand Junction est commentée par 3 membres des Natural Parks Trails & Rails. Une véritable visite touristique avec explications sur l'industrie du charbon, la formation des rocheuses, la faune locale, la construction de la voie et les activités de plein air. Notamment, nous croisons sur la Colorado River les kayakeurs et autres rafteurs qui se font une joie de nous saluer en découvrant leur arrière train. Tradition locale perpétrée par les rafteurs que l'on nomme affectueusement "Mooners" car ils montrent leur lune...

Nous passons à travers des paysages variés, à couper le souffle. Après les Rocheuses, on arrive sur le plateau du Colorado. Et lorsqu'on passe la Sierra, le paysage lunaire me rappelle les westerns de mon enfance. Je m'attends à voir à tout moment Geronimo se lancer à l'attaque du cheval de fer, mais cela restera du domaine du rêve éveillé. 

Le train dispose d'un Lounge coach où je passe mes journées pour profiter des grandes baies vitrées. J'y rencontre un retraité ex-prof de science qui se fait une joie de m'expliquer les plantes, les animaux que l'on croise (élans, faucons, aigles, etc.), mais aussi un japonais habitant à NY pour apprendre l'anglais, un irlandais, prof de son état qui utilise toutes les grandes vacances pour voyager, un vieux mexicain gay, amoureux des langues qui me chante "La vie en rose", un hollandais d'Air France qui emmène ses enfants sur les traces de sa jeunesse à Salt Lake City. . 
On passe par Sacramento, puis enfin la Bay est en vue. On touche au but. Arrivée à Emeryville avec une heure d'avance. Définitivement avec Amtrak, on sait quand on part, jamais quand on arrive. Je saute dans le bus pour SF, une petite heure pour arriver dans le centre. On passe le Oakland bridge avec vue sur les skyscrapers de SF et le Golden Gate bridge au loin. 
Vous vous êtes déjà demandé pourquoi on l'appelle le Golden Gate alors qu'il est rouge? La baie de SF n'est accessible que par une seule passe qu'enjambe le pont et qui s'appelle Golden Gate... Ah ah!

Je vois trois hommes se promener en tenue d'Adam au milieu des autres touristes le long des quais. Apparemment c'est commun ici. Le bus me pose devant le shopping center, sur Market Street. Maintenant peut commencer l'odyssée californienne... A suivre dans le prochain épisode. 

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Commentaires : 8
  • #1

    Caroline (mardi, 22 juillet 2014 08:12)

    Un beau voyage qui donne envie autant pour les paysages que les rencontres!

  • #2

    papa (mardi, 22 juillet 2014 08:53)

    interressant et commentaires bien imagés

  • #3

    Sabrina (mardi, 22 juillet 2014 08:56)

    Magnifique... j'ai tellement hâte de lire la suite !

  • #4

    Laure (mardi, 22 juillet 2014 10:08)

    Vivement le prochain episode!

  • #5

    Annie Alvarez (mardi, 22 juillet 2014 11:08)

    C démentiel tout çà, quel fougue tu as et quel courage. Je me délecte par procuration. big kisses

  • #6

    christyn (mardi, 22 juillet 2014 21:43)

    J'aime ce premier épisode qui ressemble à une nouvelle ...et les personnages que tu décris,
    ainsi on apprend donc qu'on ne doit pas se plaindre de la SNCF !!!
    ah, ah, ah, lus-tu-cru ?
    bisettes de Vendée

  • #7

    jean louis (jeudi, 24 juillet 2014 00:00)

    super , Héloa ton voyage . tu as un vrai talent pour écrire , à quand ton 1er roman ?je reconnais dans ton texte les rencontres que je fais aussi dans mon tour du monde . tu as la chance de commencer le tien jeune , alors que je finis le mien .... moins jeune !! belle expérience à ton âge , j'attends la suite avec impatience comme tout le monde . bises de Darwin ( Australie) avant le Timor et la Papouasie .

  • #8

    maman (jeudi, 24 juillet 2014 08:43)

    que de libertés,que d'ouvertures ,que de récits,SF enivrante,bouillonnante,tout y est permis...profite ma fille loin de toutes contraintes de la vie
    je t'aime ,Mother