6 gars, 1 fille: 5 jours de road trip de San Francisco à Los Angeles

Dans l'article précédent sur San Francisco, je mentionne ma rencontre avec César à l'auberge de jeunesse...

Nous sommes jeudi, jour du départ convenu avec les gars. Une petite présentation de l'équipée est nécessaire. Alors nous voici en présence de César, dit Cez ou "the brain", qui a clairement le profil des surdoués que j'ai pu rencontrer dans le passé, un brin "je-m'en-foutiste" mais qui réussit bien ce qu'il entreprend. Il loue une Harley, laissant ainsi une place libre dans la voiture, que je me fais une joie d'occuper. Ensuite, il y a Nicolas, dit Nick, fan inconditionnel de Led Zeppelin et guitariste à ses heures perdues. Puis Clément, dit Clem ou Clemix, le beau gosse pilote d'avion. Guillaume, dit Guy, le golfeur érudit. Albéric, dit Albé ou le "peintre*", le cycliste. Et enfin Ludovic, dit Ludo ou Mitch, le skateur et surement, le plus roots de la bande. Tous sont promis à une brillante carrière de médecin. Ils viennent de la même promotion et ont validé leur externat. Ils profitent de la coupure pour 6 semaines de découverte de la West coast. Je les rejoins sur la fin de leur périple.

De San Francisco à Monterey & Carmel

Après un dernier stop sur Twin Peaks et quelques détours, nous disons au revoir à la belle San Francisco pour nous engager sur la Pacific Highway 1, mythique route qui longe la côte et qui nous dévoilera la splendeur du littoral. Les falaises abruptes et les plages sauvages en contrebas sont un ravissement pour les yeux. Arrivés à hauteur de Carmel-by-the-sea et Monterey, nous nous mettons en quête d'un camping pour la nuit. Premier essai au Veterans park, raté. Deuxième essai transformé au Saddle Mountain Ranch, 55$ la nuit + 5$ par personne au-delà de 4. La plupart des campgrounds sont en self-registration. Comprenez qu'on y arrive, trouve un emplacement libre, remplit une petite fiche, glisse l'argent dans une enveloppe et le tout dans une boîte à la réception et nous voilà chez nous. Il est 8:00PM et on profite des dernières lueurs du jour pour monter le camp. Je suis bien heureuse d'avoir emmener une tente et un sac de couchage. On reprend la voiture pour aller faire 2/3 courses au Safeway à une dizaine de minutes de là. Le frugal dîner du soir englouti, on rentre se coucher. Première nuit dans ma tente, réussite totale. 
L'aube est là, je me réveille en premier et en profite pour méditer devant la magnifique vue que nous avons depuis l'emplacement. Les gars se lèvent et on décide de rester une nuit de plus dans ce camping qui est pourvu d'une grande piscine chauffée. Discussion avec la gérante, le camping est complet. Un petit regard larmoyant et elle nous autorise à poser nos tentes sur un espace libre qui n'est pas réellement un emplacement. Tant mieux, elle nous fera un prix. 
On déplace les tentes et on décolle, direction Carmel que nous n'avions vu que de nuit la veille. C'est une charmante petite ville côtière à la population super huppée. Les millionnaires ont posé leurs bagages dans de superbes villas en bord de mer, qui se concurrencent les unes les autres dans l'ostentation de richesses. On arrive sur la plage et premier enchantement de la côte, nous voyons des dauphins nager non loin des surfeurs qui attendent la vague. Nous y verrons aussi des otaries (ou autre mammifère y ressemblant grandement), des cormorans, mouettes, pélicans, sternes... Il ne manque que les requins léopards qui peuplent également la baie... L'escale à Carmel touchant à sa fin, nous repartons direction Monterey, ancienne ville de pêcheurs ayant pris du gallon. Un Fish & Chips pour les gars au Fisherman's wharf, haut lieu touristique de la ville. Non loin, se prélassent sur les rochers, une colonie de lions de mer qui ne daignent bouger que pour s'étirer et se vautrer à nouveau au soleil. Le groupe se sépare, une moitié à l'aquarium, qui est l'un des plus beaux du monde, dixit le Routard, mais 40$ l'entrée, et l'autre moitié dont moi, direction la 17-mile Drive (10$ Par véhicule pour y entrer) qui longe la côte entre Monterey et Carmel. C'est le super luxe, destination des milliardaires golfeurs, avec notamment le très fameux Peeble Beach (enfin, d'après Guy l'initié que je ne peux contredire dans son domaine de compétence). Mais c'est surtout très beau! La côte est escarpée, les greens se mêlent au paysage et y apportent une touche de sophistication. On imagine aisément le plaisir d'un swing dans un tel décor. Et le tout est ponctué de villas démesurément luxueuses. Retour à Monterey pour récupérer le reste du groupe. J'y découvre la maison du Jerky. Pour les non-initiés, le Beef Jerky, c'est un de mes péchés mignons aux US, du boeuf séché préparé de plein de façons différentes.  Mais dans La Mecque du Jerky, on y trouve aussi du Turkey Jerky, Python Jerky, Alligator Jerky, Mushroom Jerky, Salmon Jerky, etc... Juste de quoi me faire tourner la tête. Encore quelques courses et on finit la journée par un Barbecue sur la plage. On y rencontre un vieux clochard qui nous prend pour des mexicains, qui n'aime pas les gens qui ne parlent pas anglais et qui nous envoient une salve d'insultes. Mais aussi une pêcheuse qui profite de notre BBQ pour faire griller son poisson tout juste sorti de l'eau. Elle nous incite à découvrir un temple bouddhiste et les sources chaudes à proximité. Peut-être demain...

De Monterey à Santa Barbara: ville paradis, ville paradoxe où les plus riches côtoient les plus démunis, dans une ambiance sereine et chaleureuse.

Première étape, Big Sur: raté...

On plie bagage et on reprend la route direction le sud. On essaie de se poser dans le parc de Big Sur, réputé pour sa beauté, ses séquoias maritimes. Mais c'est le weekend et tout est complet... Pas de chance de ce côté, on pousse encore un peu plus au sud. On s'arrête dans un resto au bord de la route pour un cheeseburger à 14$... Ils profitent clairement de leur monopole sur plus de 40 miles. On y croise la route de 2 bikers qui nous informent qu'il y a une possibilité de camper gratuitement à Nacimiento, 15 miles au nord dans les montagnes. Les gars préfèrent continuer vers le sud, ils ont peur de s'ennuyer. 

Deuxième étape, Santa Barbara: en mode clochard...

Peu avant San Luis Obispo, on voit se dessiner sur les hauteurs, Hearst Castle, la demeure la plus chère de l'histoire, création délirante de 115 pièces, excès d'un mégalomane des années 20. On roule encore, passant Morrow bay et sa colline sur la mer, jusqu'à atteindre les abords de Santa Barbara. Un camping, deux campings, trois campings... Tout est complet. Qu'à cela ne tienne, on continue jusqu'à la ville, avec en main l'adresse d'une auberge de jeunesse. On arrive devant... Fermée, abandonnée. Le Routard n'est pas à jour. Les gars commencent à stresser. Mais il ne faut pas... Je croise une femme qui nous dit d'aller à la Rescue mission, foyer pour SDF. Les gars ne sont pas très chauds. Je discute avec un groupe de sans-abris posé sur le parking: on peut laisser la voiture là, c'est gratuit et ça craint rien. Et on peut dormir sur la plage pourvu qu'on décolle avant 7:00AM, heure à laquelle la police commence ses patrouilles. Bah la voilà la solution! 
On remonte State Street, trouve un bout à grignoter et on s'arrête dans un bar pour faire un billiard. Nick et Albé ont leur sac à dos et se voient refuser l'entrée. Ils repartent à la voiture. Nick est le seul à revenir car Albé est resté dans la voiture. Ils ont vu quelqu'un rôder autour. On repart tous retrouver Albé, et face à tout ce stress qui me paraît surfait à SB, je me propose de rester pour monter la garde. Juste à côté, se trouve le groupe avec qui j'ai discuté un peu avant. Les gars repartent en ville boire des bières, et moi, je vais à la rencontre de ces parias de la société. Je passe une excellente soirée avec George, Hadrian, Michael le blond, Michael le grand sec, Michael Joe Coleman, Sierra et sa chienne Boo. Quelques joints et surtout une superbe discussion, une leçon de vie avec Michael le blond, le plus bavard de la bande. Il a peu près mon âge, issu d'une grande famille du comté, respectée. Sa mère était déjà un vilain petit canard, car lesbienne dans une famille catholique puritaine. Il passe ses 2 premières années de vie dans le coffre d'un break jusqu'à ce qu'il soit pris en pitié et adopté par sa tante. Il grandit bien puis s'engage dans les Marines. Il sert 4 ans et fait l'Iraq. Vétéran = SDF, ce n'est qu'une statistique, quoique. Il rentre, trouve un job, puis une nénette. Il perd la femme, la boîte fait faillite, il perd le job. Il ne peut plus payer les factures, il perd son logement. Pas d'adresse, pas de boulot. Il est dans la rue et y est coincé, hors système. Il s'est battu autant qu'il a pu mais ça n'a rien donné. Alors il a lâché prise mais pas renoncé. Aujourd'hui, il est heureux, il médite, fait du skate, du surf et espère sortir de la rue un jour, en reprenant la mer sûrement. Il est là à me raconter son histoire triste, toujours le sourire aux lèvres, le plus simplement et sincèrement du monde. Ça me touche, je le remercie de ce partage. Il me donne quelques tuyaux sur la ville. Il est l'heure d'aller se coucher. On se quitte sur un hug qui me fait chaud au coeur. Je me blottis sur la banquette arrière de la voiture un sourire en coin et une larme à l'oeil, encore émue de cette rencontre. 
Le jour se lève. Après un café et quelques emails dans le coffeeshop derrière la gare, je récupère le groupe. Cez a dormi dans la voiture, Albé et Clem sur la plage, les autres dans la ruelle derrière l'auberge. On part faire un tour. Le long de la plage, il y a un marché de bric-à-brac. Dans les rues, on voit que SB a gardé ses origines hispaniques qui marquent l'architecture. Pas de buildings, des arcades, des noms de rue hispanophones, une ancienne mission. J'adore Santa Barbara. La vie y paraît paisible et douce, que ce soit avec ou sans moyens. Nous sommes dans la semaine du "Old Spanish Day" qui nous garantit de l'animation. Si autrefois, ce jour commémorait les racines mexicaines de la Californie, c'est aujourd'hui une excuse à la fiesta. Lunchtime, les gars vont au resto, je trace au 99ç. J'y achète une boite de ravioli, une de calamar salsa americana, une canette et 4 cuillères: 4,78$. Je me pose sur un bout d'herbe pour manger. Astuce pour ouvrir une conserve sans ouvre-boite, par ici. Je retrouve les gars, on va faire quelques courses et direction Goleta Beach, pour un nouveau BBQ sur la plage, un enchantement. La nuit tombante, nous repartons dans notre hôtel de fortune (i.e. le parking). Les gars sont moins stressés, on passe tous une sympathique soirée billiard au James Joyce. Je repasse la nuit dans la voiture tandis qu'ils dorment tous dans la ruelle, conquis finalement par cette expérience peu commune. 

De Santa Barbara à Malibu: par la 101, rapide mais moins charmant

7:00AM, notre nuit est écourtée par le jardinier qui s'en donne à coeur joie avec son taille-haie que je lui ferai bien bouffer. 9:00AM, on reprend la route vers le sud, objectif Malibu et ses plages. On atteint le Malibu Pier vers 11:00AM où on attend Cez qui a pris la PCH alors que nous avons suivi la 101 dans les terres. Une fois réunis, direction la plage. On y passe une demie journée. Premier bain dans le Pacifique pour moi, l'eau est fraîche mais bonne au final. Et aussi premier coup de soleil du voyage. Voilà la Californie comme je m'y attendais. On reprend la route vers le nord pour trouver notre logement du soir. Le Point Mugu state park campground nous offre un emplacement les pieds dans l'eau, pour la modique somme de 35$. Mais que demander de plus... Ah si, des voisins extras. On rencontre Paul et Barbara. Lui est américain, fan des tous premiers temps de Led Zeppelin. Et elle, est anglaise de Birmingham et a passé sa jeunesse avec Robert Plant et Ozzy Osborne. Devinez qui est aux anges! On passe une partie de la soirée avec eux. Les gars lui font découvrir le BBQ à la brésilienne, elle nous donne du Garlic bread, il nous ramènent des spare ribs... Humm des souvenirs d'enfance remontent à la surface. 
Il est 10:30PM. Je n'ai pas monté ma tente car il y a beaucoup de vent et je n'ai pas envie. Je dors donc à la belle étoile. Après un début de nuit difficile sur le sable, avec quelques petites bêtes qui me prennent pour casse-croûte, je finis par bien dormir en élisant domicile sur la table du site d'à côté. Le soleil qui surchauffe mon sac de couchage me réveille et me permet de voir les otaries jouer dans les vagues, et nos voisins les écureuils fouiller dans les poubelles. Je suis émerveillée par la vie sauvage californienne qui est là partout, au contact de la civilisation. 

De Malibu à Los Angeles: fin de la route avec les gars...

Cez doit rendre sa moto à Santa Monica. Arrivés à Venice Beach, nos routes se séparent. Ils restent à Venice Beach pour ensuite descendre sur Palm Spring, je trace sur Los Angeles en attendant mon vol pour Lima dans 4 jours. 2 heures de marche, 1/2 heure de bus, encore 1 heure de marche, j'atteins enfin l'auberge, Backpacker paradise, à Inglewood, pas loin de l'aéroport (seulement 5km...). En route, je peste, je râle, mon sac est lourd et appuie sur mon coup de soleil, j'ai la cheville qui flanche, je me croûte royalement et j'explose, et mon genou, et mon pantalon. Putain quelle merde! Les gens ne sont pas agréables. Plus de sourires, plus de "how are you doing" & "have a nice day". Le quartier est pourri, je me fais bouffer par les moustiques, l'auberge pas terrible, dortoir de 20 lits, la ville démesurée. Aucune distance n'est à échelle humaine, il faut donc une voiture ou prendre le bus qui passe sporadiquement pour s'agglutiner dans les bouchons avec le reste de la populace. Bref, la fin du parcours m'énerve. Ca arrive parfois... Je laisse passer la tempête, demain est un autre jour ;)! 
* Pourquoi le "peintre"? Non pas parce qu'il fait de la peinture, ou en tout cas, pas dans le sens commun du terme. Comme tout groupe qui se respecte, ils ont leur code de langage et je découvre l'expression "faire de la peinture" et autres possibles déclinaisons (peintrer, peinturer, être un peintre, remettre une couche, etc...). Cela signifie ne pas être très efficace dans l'action menée. Les gars se feront d'ailleurs un devoir de me faire vivre la peinture au quotidien: plusieurs demi-tours, détours, retours sur la route, un délai de mise en action et prise de décision qui rivalise avec le gouvernement français... Enfin bref, une vrai vie de groupe et un road trip dans les règles ;)! 

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Commentaires : 8
  • #1

    Christine , Michel (jeudi, 31 juillet 2014 09:13)

    Incredible !!!!!!!
    quel road trip ; il y a peu de fille qui se lancerait à partir avec 6 garçons , mais toi Eloa, no problème , de plus ,tu vis l'aventure à temps et taux pleins ; trop bien cet épisode!
    soigne toi bien ( cheville et moustiques !!!) pour être en forme à Lima.Grosses bisettes de Vendée

  • #2

    papa (jeudi, 31 juillet 2014 09:18)

    vraiment enrichissant et que de belles rencontres pour toi
    en te lisant on s'y croirait,tu t'es remplis les yeux de beaux paysages,bon avec quelques petits désagréments mais il y en a toujours.merci pour tous ces détails sur les gens ,la bouf,la faune,les paysages enfin tout
    continue de nous enchanter
    big bisous de nous

  • #3

    Alvarez Annie (jeudi, 31 juillet 2014 10:11)

    tu dois t'éclater et comme tu le dis rester humble. Par contre guelle brochette de beaux garçons et tous intéresssants. La cheville et les moustiques, un incident !! je pense qu'il y en aura d'autres. On dirait une exploratrice qui découvre et nous fait découvrir (je suis une fan inconditionnelle !!)

  • #4

    Corinne (jeudi, 31 juillet 2014 10:16)

    C 'est incroyable ce que tu vis, je suis une passionnée de ton parcours et de tes expériences, continue Eloa... Quel début de voyage, et c'est pas fini ! Take care. Biz

  • #5

    maman (vendredi, 01 août 2014 09:06)

    un peu d'oxygene avec toi que d'aventures livre passionnant
    belle brochette de male intelligents gentils super potes a suivre...
    cela te change de ta vie couches culottes
    big bisous

  • #6

    Nick (mardi, 09 septembre 2014 13:16)

    Hello Eloa !
    après moultes recherches je parviens enfin à trouver ton blog !
    Superbe récit de notre petit bout de trip en commun !
    Ou en es-tu ?
    Sympathique rencontre, en tout cas !

  • #7

    Albé (mardi, 09 septembre 2014 14:09)

    Hello Eloa!
    Trop bien raconté notre bout de route ensemble!
    Mais je tiens à préciser que je n'étais pas le Picasso de la bande! ;)
    See u et bon trip!

  • #8

    Clem (mardi, 09 septembre 2014 19:16)

    Un vrai régale à lire ce petit blog !
    Nostalgie ++++

    J'espere que le reste de ton trip se déroule comme tu le souhaites, au fil des rencontres ...

    :)