Lima: une expérience hors des sentiers battus

Après mes 12 heures de vol depuis Los Angeles, j'atteins la capitale péruvienne. Arrivée à 11:30PM, je suis attendue par Caroline et Mirian, la tante d'une amie qui nous prête sa maison à Lima. Nous sortons de l'enceinte de l'aéroport pour prendre un taxi, car le tarif sera moins cher (bon plan!). Nous payons 15 soles (environ 4€) pour arriver à la Residencial Aeropuerto, quartier résidentiel à la limite de Callao. Si vous cherchez Callao sur le Net, on vous dira de ne surtout pas y aller car dangereux... Ou pas tant que ça, vu que nous sommes encore là pour en parler et que nous y passerons plusieurs jours sans aucun souci. 
Bien entendu, les précautions de base sont de rigueur: pas d'objet de valeur visible, rien qui dépasse, et un minimum d'attention sur l'environnement. Les grilles qui ceinturent le quartier nous rappellent tout de même que prudence est mère de sûreté et qu'il serait préférable de ne pas circuler seules la nuit. 

Miraflores, le quartier touristique sur le littoral

Nous prenons un taxi sur l'Avenida Quilca et lui demandons de nous emmener à Miraflores, sur Santa Cruz, nom de rue que nous avions repéré la veille. Nous négocions le tarif avant de monter car ici, pas de taximètre. Il nous en coûtera 20 soles, un prix assez juste selon Mirian. Première réussite! Une quarantaine de minutes plus tard nous atteignons notre destination. Eh oui, Lima est grande et étendue... Cependant les transports en commun sont bien plus développés qu'aux US, quoique chaotiques pour le gringo qui débarque. La piétonne que je suis est tout de même satisfaite ;)!

Le quartier en tant que tel ne présente pas un grand intérêt si ce n'est pour faire du shopping à l'occidentale et les emplettes de souvenirs à touristes dans les marchés spécialisés qui voient défiler les bus de tour operator. Pour égayer le tout, il y a quand même de nombreux parcs qui offrent une belle vue sur la mer et, un centre commercial luxueux encastré dans la falaise qui offre un spectacle étonnant. 
Le vagabondage touche à sa fin, il est 3:00PM, l'heure du retour vers la maison car nous avons rendez-vous avec Mirian et sa soeur pour 4:00PM. Nous arrêtons un premier taxi, lui demandons de nous emmener à Callao. Non! Un deuxième taxi, non. Puis un troisième, toujours non! Au final, après six ou sept refus, nous comprenons que quitter le quartier touristique pour un quartier qui ne l'est pas va être complexe, voir très complexe. 

 
Qu'à cela ne tienne, nous ferons comme les locaux et utiliserons les transports en commun. Le défi devenant maintenant de réussir à rentrer avant 6:00PM, heure fatidique du coucher de soleil. On marche pour trouver un grand axe où les "combi*" s'arrêtent, demande Quilca et on reçoit enfin le "Sube" (monte) attendu. Je tends 5 soles au rabatteur, en récupère 3. Après une dizaine de minutes à remonter Arequipa, le gars nous dit "Quilca, baja" (descend). C'est bien trop tôt... Et nous nous retrouvons au Pasaje Quilca sur la Plaza San Martin au lieu de l'Avenida Quilca de Callao... Raté! Nous marchons et re-tentons notre chance plus loin en demandant notre chemin. Un gentil monsieur nous entend et vient à notre rescousse. Le problème, c'est qu'on ne comprend qu'un mot sur deux, sur dix, sur les explications qu'il nous donne. En tout cas, c'est clair, nous ne sommes pas dans la bonne direction. Il arrête un "Caro collectivo*", nous met dedans en expliquant au chauffeur de nous emmener Plaza 2 de Mayo. Une fois sur la place, Caroline reconnaît l'endroit qu'elle a visité la veille avec Mirian, on cherche un nouveau combi sans succès mais trouvons finalement un taxi qui veut bien nous emmener là où nous voulons. Arrivées dans notre quartier, nous le faisons pousser jusqu'au supermarché du coin, Tottus, pour acheter le dîner. Poulet et Inca Kola pour moi, jambon, gouda et pain pour Caroline. En sortant, la nuit est tombée alors nous prenons un "Moto*" jusqu'à la maison. L'aventure de cette première journée résidera non pas dans notre visite de Miraflores mais bien dans le retour à la maison qui fût plus qu'incertain. 

Barranco, le quartier multicolore et Chorrilos, résidentiel chic

Un peu plus au sud de Miraflores, Barranco est un quartier aux couleurs chatoyantes malgré la grisaille de l'hiver péruvien. On s'y sent bien. Le problème, c'est d'y aller. A contrario de Miraflores, aucun des taxis que nous arrêtons ne veut nous y conduire car la route côtière est actuellement fermée et implique donc un itinéraire encombré et compliqué que les chauffeurs ne sont pas prêts à entreprendre. Heureusement, l'un d'entre eux nous explique qu'il faut prendre le "Metropolitano*". Oui mais où? Sympa, il nous propose de nous emmener à la station Plaza Norte et notre ticket pour Barranco est enfin à portée de main. Nous nous embarquons pour une quarantaine de minutes de trajet sur le seul transport municipal qui est super efficace car disposant de sa propre voie pour circuler. 

Comme d'habitude, nous déambulons dans les rues du quartier, en appréciant les couleurs, l'architecture coloniale et la vue sur la mer, pour atteindre le quartier de Chorillos. Clairement, nous sommes dans une partie un peu plus huppée de la ville et les résidences gardées sont légions. Retour à Barranco pour un ceviche (plat de poisson mariné) bien mérité dans un petit restaurant, El Muelle. Un vrai délice pour les amateurs! Repues, il est à nouveau temps de rentrer car l'horloge tourne et la nuit se rapproche. 

Nous remontons vers le nord, en passant Miraflores. Quelques questions aux gens pour la direction du Metropolitano, et nous embarquons à Ricardo de Palma jusqu'à 2 de Mayo. Cette fois-ci, nous prenons un combi, mais pas le bon... Nous nous retrouvons sur Faucett, donc pas très loin mais c'est toujours pas ça. Nous marchons dans un quartier un peu glauque, et c'est la première fois qu'on se sent mal à l'aise. J'arrête une femme qui nous indique que 1. on ne devrait pas être là car c'est dangeureux, 2. on n'est absolument pas dans la bonne direction et 3. qu'il faut repartir d'où on vient pour reprendre vers le nord. Nous retournons donc sur nos pas, un peu plus empressées que d'habitude et après plusieurs tentatives infructueuses pour un taxi, nous sautons dans un combi qui nous arrête au croisement Faucett/Quilca à 5 minutes de marche de la maison. Ouf! Nous rentrons juste un peu avant la nuit. Objectif atteint... de justesse! 

Les marchés de Surquillo et Magdalena Del Mar

Caroline part demain et va attaquer ses 3 semaines de formation de yoga qui seront végétariennes. Donc aujourd'hui, c'est son dernier jour d'écart alimentaire. Nous décidons donc de visiter les marchés pour profiter encore un peu de la délicieuse gastronomie péruvienne. Le trajet se fait facilement pour Surquillo. Un combi puis le Metropolitano nous pose quasiment devant. Le marché de Surquillo est un petit marché bien organisé, aux étales de fruits et légumes colorés, un coin boucherie et un autre poissonnerie. Cependant, il n'a pas le charme de Magdalena, plus au nord, que nous rejoignons en taxi pour 9 soles. 

Nous arrivons dans un quartier populaire, vibrant de vie, grouillant de monde, d'enfants qui rient, et aucun touriste en vue. Nous entrons dans l'immense marché et sommes totalement subjuguées. C'est le bordel, il y a de tout partout. Le poisson côtoie la couturière qui est voisine des légumes, qui sont à proximité des balais, de la viande et des accessoires de beauté. Cet endroit vaut définitivement la visite, surtout pour le déjeuner où les nombreux comptoirs vous offrent un choix infini de plats que l'on a de la peine à identifier et à des prix défiant toute concurrence. Nous nous arrêtons là sur un coin pour manger un Pescado frito, servi avec du riz et des garbanzos, succulent, généreux pour 5 soles. Nous y découvrons également avec plaisir la boisson locale, la agua de hierba luiza, une sorte de thé froid sucré et anisé. 

Encore un peu de vagabondage et il est 3:00PM. Compte tenu de l'expérience des jours précédents, nous repartons en direction de la maison. Et 2 combis plus tard, nous voici arrivées sur Quilca et Perú. Il est 16:00PM... On a été super efficace. Du coup, on fait un stop "achat dîner du soir" et rentrons, presque déçues d'avoir si bien réussi. Enfin, nous avons compris le fonctionnement des transports ;)! 

Impressions et bilan

Pour moi qui viens de LA et qui rêvais de retrouver une ville à taille humaine, autant dire que Lima ne répond pas tout à fait à cette envie. Cependant, elle a un charme certain. L'utilisation des transports locaux crée l'aventure et rend la ville tout à fait praticable aux piétons. Il y a bien sûr la barrière de la langue... Je savais que mon espagnol laissait à désirer mais à ce point... Ils parlent vite, très vite et le vocabulaire n'est pas tout à fait castillan, ce qui amplifie d'autant plus mon incompréhension... Heureusement que le sourire est universel. Les locaux sont gentils et toujours prêts à nous aider lorsque nous perdons notre chemin. Même lorsque nous nous retrouvons dans un quartier réputé dangereux, nous avons trouvé de l'aide auprès de personnes bienveillantes. Je ne me suis jamais sentie en danger ou dévisagée même si clairement on voit que je suis étrangère... quoique... me faire héler par les caros collectivos me fait penser que je suis presque assimilée à une locale. Tant que je n'ouvre pas la bouche ;)

Sinon je dois dire que c'est bien la première fois que je me sens grande dans un pays. Du haut de mon mètre 64, j'ai tendance à dépasser les péruviens d'une bonne demi-tête et ça fait du bien de ne pas respirer les aisselles dans les bus. 

Le bilan est donc bon. Je n'ai pas ressenti l'insécurité dont tout le monde parle, mais au contraire, plutôt de l'indifférence et de la bienveillance. La nourriture est excellente et variée: du poulet, du riz, des patates, des épices, du poisson, des brochettes de coeur de boeuf, des fruits, des légumes... Bref, tout ce qui m'avait terriblement manqué aux US. Je pars de Lima, ravie de mon expérience dans la capitale, avec juste une pointe de frustration pour les photos... Eh oui, il y en a peu étant donné que l'appareil fait partie de ces objets de valeurs que l'on doit éviter de montrer... 

A noter: la politesse et le respect pour les personnes âgées et les enfants. Je vois les gens se lever pour céder leur place dès qu'un vieux ou quelqu'un avec un enfant arrive dans le combi ou bus. Je vois des transports bondés avec les gens entassés comme des sardines mais personne ne joue des coudes pour entrer ou sortir, il suffit d'un "permiso" pour ouvrir un passage. Je vois des gens me bousculer dans la rue et se retourner pour s'excuser. Je vois un homme accourir pour aider deux enfants à traverser la rue, puis la tâche accomplie, s'en retourner à ses activités. Un spectacle humain qui me laisse songeuse. Les occidentaux des pays dits civilisés ont beaucoup à en apprendre...

* Les transports en commun

Tentez l'aventure, ça vaut le détour et donne au séjour une saveur exquise!

1. Le combi: un fourgon ou mini van qui compte au maximum une quinzaine de places assises au format péruvien mais qui peut contenir le double de personnes durant les heures de pointe. Le prix varie de 0,50 à 2 soles en fonction de la destination. Une fois que l'on a compris que les noms marqués sur ses flans sont en rapport soit à une rue, soit à une place, et donnent donc une direction, il est assez facile de les utiliser si tant est que l'on connaisse les grands axes et l'intersection de sa destination. 
2. Le Micro: plus grand que le combi, il s'agit d'un bus à l'aspect et taille variés mais qui en général, parcourt de plus grandes distances. Là aussi le tarif se fait en fonction de la distance parcourue et parfois, on a même le droit à un ticket en retour de paiement. Entre 0,50 et 2 soles. 
3. Le Caro collectivo: c'est une voiture banale qui remonte certaines grandes rues. Elles se reconnaissent à leur chauffeur qui klaxonne à proximité des intersections ou des groupes de gens, et parfois à la petite pancarte jaune fluo qu'il agite par la fenêtre, indiquant sa destination. 2 soles par personne. 
4. Le Metropolitano: c'est The bus, moderne et tout neuf, comme on peut en trouver dans nos grandes villes, voire mieux, avec des stations aux portes automatiques, un tourniquet qui régule les entrées et un tarif fixe de 2 soles par trajet. L'avantage c'est sa rapidité, disposant de sa propre voie, il n'est pas sujet aux bouchons. L'inconvénient c'est qu'il n'y a que 2 lignes. On peut acheter une carte rechargeable qui coûte 4,50 soles ou bien donner 2 soles à un détenteur qui vous fera passer avec la sienne. 
5. Le Taxi: identifiable par son enseigne sur le toit. Pour l'emprunter et éviter les confusions, il faut donner le quartier et l'intersection de sa destination. Etant donné que Lima est très grande et jouxtée de plusieurs municipalités avec les mêmes noms de rues, il est aisé de se tromper. Et surtout, on négocie le prix avant, ça évite les mauvaises surprises dues à l'absence de taximètre. C'est la solution la moins économique pour se déplacer mais sûrement, la plus facile pour aller d'un point A à un point B, si on ne connaît pas la ville. 
6. Le Moto: sorte de tuk-tuk péruvien qui dessert dans le quartier. C'est le transport des fainéants pour parcourir moins d'un kilomètre. En terme de puissance, ils font pâle figure face aux asiatiques mais le charme opère quand même avec le brouhaha du moteur et l'absence d'amortisseurs. 0,50 à 1,25 sol par personne.
Note de l'auteur: Pour une autre vue sur Lima et quelques infos complémentaires, n'hésitez pas à aller faire un tour sur le blog de Caroline, le Tapis Voyageur, avec qui je partagerai une bonne partie de mon périple autour du monde, jusqu'en Polynésie. 

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Commentaires : 5
  • #1

    Caro (samedi, 09 août 2014 03:06)

    Je confirme sur la gentillesse des péruviens ... impressionnant par rapport à ce qu'on attends lorsqu'on écoute les commentaires des gens avant le départ ... et je suis bien contente d'avoir bien mangé avant de partir!! Ici à Cusco la nourriture est super bonne mais j'ai pas faim :-(

  • #2

    Christine, Michel (samedi, 09 août 2014 09:02)

    Vous avez donc expérimenté un quartier qu'on vous conseillait d'éviter, et en être heureuse après coup !
    je vois que la nuit est quand même incertaine et que l'on doit presser le pas pour être rentré avant le coucher du soleil !
    en contrepartie la nourriture a l'air sympa et les photos sont alléchantes***et le marché de Magdalena m'aurait sûrement beaucoup plu dans la façon dont tu le décris;
    C'est l'hiver là-bas ?
    apparemment vous n'avez pas eu de pluie pendant vos sorties ?
    ici en Vendée, nous avons eu beaucoup de grosses averses !!
    Bonne continuation Eloa,
    besos

  • #3

    Annie Alvarez (samedi, 09 août 2014 10:17)

    En me levant, c la première chose que je fais, aller sur vos blogs à toutes les deux. C merveilleux de détails tous plus intéressants les uns que les autres. La nourriture a l'air d'être extra, quant aux aventures concernant les transports !!!!!! je pense que malgré quelques mots d'espagnol, je serais perdue aussi!!!!! bon vent les filles et gros bisous.

  • #4

    papa (dimanche, 10 août 2014 13:53)

    les grilles aux portes et fenêtres me rappelle caracas toi tu étais trop petite pour t'en souvenir,plus les taxis qui ne veulent pas aller dans certains quartiers mais bon c'est toute l'amérique du sud qui est comme cela donc encore une fois take care .par contre la cuisine a l'air bonne et variée.les transports grosses galères ça me rappelle aussi le vénez.courage ma cherie et encore merci pour ce blog et tes aventures si bien expliquées et détaillées big bisous

  • #5

    Sonia (mardi, 12 août 2014 11:04)

    Pris enfin le temps de lire ton blog après mon retour d'Indonésie. Trop chouette ça inspire. Keep going :-)