Cusco, perchée et à 3400 mètres

Mes premières impressions de la ville sont bonnes. Plus j'y passe du temps, plus je m'y plais. Une certaine tranquillité plane dans l'air et la grande diversité de perchés (artistes, Hare Krishna, Shivaïstes, artisans, hippies, etc.) crée une ambiance paisible, décalée et alternative.

Réponse aux besoins primaires

Logement

Je loge une semaine sur Qanchipata à Healing House, "proyecto colectivo sin proposito lucrativo". Caroline y est depuis 2 semaines et demies. L'établissement est la propriété de Niki et Alvaro mais est gérée par les volontaires qui y habitent et se définissent donc comme manager. Dans le concept, l'idée est bonne car il s'agit d'une communauté orientée écolo et végétarienne, avec des principes de vie basés sur le respect de la Terre-mère et des projets sociaux avec les enfants et la communauté locale. Dans l'application, je trouve certaines choses à redire, notamment le tarif des chambres (de 30 à 50 soles la nuit) et l'obsession de Shawn pour les recettes, qui donnent au tout un aspect drôlement moins caritatif. Cependant le quartier est tranquille, la maison bien entretenue par l'adorable Sabina et sa fille, Juliana. La petite rue se mérite: soit on y arrive par Carmen Alto depuis la place de San Blas, soit par Chokechaca après l'ascension d'un petit escalier coupe-souffle que je prends tous les jours pour aller sur la Plaza de Armas ou San Pedro. Le petit jardin s'illumine avec les premiers rayons du soleil, vers 7h30AM, idéal pour méditer ou glandouiller et évacuer la fraicheur nocturne.

Nous passons aussi une nuit dans une auberge sans nom, à 8 soles la nuit, le tarif le plus bas que l'on ait pu trouver sur Cusco. Elle se trouve au Avenida Alta 410, reconnaissable à sa porte et petit balcon verts. Il suffit de frapper fort à la porte et de répondre "Yo" quand la question "Quien es?" arrive. On se retrouve dans un dortoir de 5 à 16, 2 salles de bain, une micro cuisine et un salon patio sans toit qui nous laisse pleinement profiter de la pluie... Le tout à partager avec une quarantaine de locataires, ce qui force la convivialité.

Enfin nous atterrissons à la Namasté house, sur Calle Hospital, à 12 soles la nuit. C'est un appartement avec un dortoir de 6 personnes, un grand salon et une cuisine à partager, au dernier étage d'un petit immeuble au fond d'une cour. C'est peuplé de Hare Krishna ou autres Ahimsa. Caroline se sent à la maison. Le propriétaire et thérapeute, Dhruva, est adorable.

Restauration

Manger végétarien à Cusco, c'est facile et il y a le choix. Merci les perchés d'avoir créé cette demande et donc l'offre y répondant. Voici mes adresses:

Pour le pas cher, il faut aller au marché de San Blas, chez Govinda. Elle vous sert un menu à 6 soles, comprenant une soupe et un plat. C'est bon, c'est riche, c'est complet.

Pour le un peu plus recherché, Green Point sur Carmen Bajo, avec un menu végétalien à 10 soles, comprenant un buffet de salade (allez-y ne serait-ce que pour les sauces, magique!), une soupe, un plat, un dessert et une boisson (le jus du jour, plus ou moins bonne surprise).

Sur Choquechaca, il y a El Encuentro, avec son menu à 5 soles le soir, pour un repas, si ce n'est extraordinaire, plus que convenable. Et à ce prix là, il n'y a rien à redire.

Et le Prasada, champion toute catégorie où les hamburgers déchirent tout, pour 7 à 9 soles. Aucun carnivore ne regrettera d'avoir osé le végétarien, après avoir goûté à ces délices.

Une semaine... tranquille...

Routine matinale

Je rentre de la vallée d'Ocobamba et sa chaleur emmoustiquée pour revenir dans le froid cusqueño. Le premier plaisir est donc une douche bien chaude. Or, il faut se lever tôt pour en profiter car le soir à partir de 9:00PM, il n'y a que rarement de l'eau à Cusco. Et comme Caroline suit sa formation de yoga, je me cale sur son rythme:
Lever 6h30, douche, pranayama pour elle/méditation pour moi, maté con banane vers 7h30. Elle rejoint son cours à 9h, et moi, le marché de San Blas pour le petit déjeuner.

 

Je passe d'abord vers Anita pour mon sandwich avocat et fromage (les meilleurs sandwichs de Cusco), et vers Carmencita, pour mon jus de fruit frais et sa bonne humeur. Chaque jour, le prix varie de 1,5 à 2,5 soles pour le sandwich et 3 à 5 soles pour le jus... Tout dépend de si je suis seule ou accompagnée d'une des gringos. Exemple, avec Chelsea l'américaine, je paie le prix double ;)

Vagabondage urbain

Hatunrumiyoc
Hatunrumiyoc

Je profite de mes premiers jours pour me promener. Je passe par la petite rue Siete Culebras pour me rendre dans le centre. La ville est belle et pleine de charme. Ça monte, ça descend. Les rues sont étroites. On y croise beaucoup de touristes. Je prends d'ailleurs beaucoup de plaisir à passer par Hatunrumiyoc, la rue où tous se pressent pour prendre en photo la fameuse pierre aux 12 arêtes et le grand type vêtu façon inca, recouvert de bijoux et plastrons en vrai faux or.

Ensuite, il y a la magnifique Plaza de Armas, grandiose et luxueuse. Là, on retrouve toutes les enseignes célèbres telles que Mc Donald's, Burger King ou encore Starbucks. Il faut les chercher car elles se cachent dans les arcades qui ceinturent la place et n'ont pas le droit d'afficher leurs grands signes distinctifs, ce qui évite de défigurer la place. Merci! Un jour de perdition, je passe au Starbucks pour un capuccino, auquel je renonce après avoir vu le prix de 12 soles, soit 2 fois le prix d'un menu au marché... On ne trouve d'ailleurs aucun local dans les commerces alentours.

Je marche encore et passe sous l'arche pour atteindre San Pedro, quartier un peu plus populaire où il est bon de faire ses emplettes car les prix sont plus bas. Pour les souvenirs, il faut éviter les stands du marché et aller sur les rues plus bas. Tout est réparti selon la spécialité: d'un côté, les vêtements puis chaussures, de l'autre, la rue des artisans avec fils, perles, bijoux et instruments de musique, plus loin, les apothicaires de produits naturels et quincailleries, etc. Ne jamais hésiter à jouer à la négociation. Elle sera plus dure sur San Pedro que sur San Blas, mais c'est folklorique.

Tresse et marijuana

Vous l'aurez compris, mon périmètre de déambulation se résume à San Blas, Plaza de Armas et San Pedro. En haut de la fontaine de San Blas, je rencontre Oscar et Jaimie. Ce dernier propose de me faire une tresse. Pourquoi pas. Ca prend du temps et nous donne l'occasion de discuter. Il vient d'une respectable famille d'Iquitos. Il a fait des études. Mais il préfère vivre comme artisan de rue à Cusco, et ce, depuis 6 ans. L'heure tourne, j'ai rendez-vous pour le déjeuner. Je remets la fin de la tresse pour après. Entre temps, la pluie les chasse et me fait partir à Ocobamba avec une tresse inachevée. A mon retour, je retrouve Jaimie au même endroit pour finir le travail. Cette fois, on s'installe chez lui, à 5 minutes de San Blas. Il roule un joint, pur à la mode péruvienne. Et après une heure de travail, je repars avec une tresse achevée et un peu de ;) pour la route.

Temples et Macramé

Un samedi matin, je rencontre Alcides au marché. Il a 30 ans, a fait une partie de ses études en Allemagne en ingénierie industrielle, a bossé dans une grande entreprise minière. Et maintenant, il est sur Cusco, artisan de rue, prof de Salsa pour débutant et guitariste.  Je lui demande la direction pour aller aux temples. Il m'accompagne un bout de chemin et au moment de se quitter, il s'inquiète. Y aller seule peut être dangereux car il y a des voleurs un peu plus haut. Il demande à un couple qui passe s'ils vont dans la même direction et si je peux les accompagner. L'homme nous répond qu'il va en bas, à l'opposé mais que je ne devrais pas y aller seule car trop dangereux. Deux personnes en 5 minutes qui tirent le signal d'alarme... Je ne force pas le destin, je renonce à monter aujourd'hui. Alcides me propose de m'y emmener le lendemain, j'accepte.

Dimanche, jour de relâche pour Caro. Nous rejoignons Alcides à 10:00AM sur San Blas et commençons l'ascension. 30-40 minutes de marche, on passe la forêt d'eucalyptus et nous voilà devant un grand monticule de pierres, apparemment le temple du singe... En y regardant de plus près, on s'aperçoit que ces formations rocheuses qui paraissent naturelles ne le sont pas tant que ça, que les découpes sont faites par la main de l'homme (ou en tout cas, par une conscience avancée). On trouve des bancs, des tables, les symboles des 3 mondes: le serpent (monde souterrain), le puma (la terre), le condor (le ciel). Il y a une pierre particulière qui est dite le coeur de la Pachamama, où les locaux viennent faire des offrandes.

On continue notre chemin vers le temple de la lune où nous attend une salle utilisée par les chamans pour les soins énergétiques. A l'entrée, on remarque le condor dans l'escalier et le puma sur le côté, auquel il manque la tête. On descend et passe la porte d'entrée, en forme de tête de lama. On entre et imagine, sur la table, une grande plaque en argent où la lumière de la pleine lune vient se refléter pour éclairer la pièce. On voit un serpent noir qui entre, représentant les énergies négatives, et un serpent blanc qui sort, symbole de la purification survenue lors du rituel.

 

Encore plus loin, il y a 2 temples dont les noms m'échappent mais nous n'avons pas le temps d'y aller car Afia nous attend. Nous prenons quand même le temps de nous poser sur une tribune qui fait face à une colline. Juste le temps de rencontrer un homme, faisant une cérémonie, se disant chaman et sage, qui demande le respect des péruviens. Son ton agressif nous surprend et nous laisse coi. Lorsqu'il nous quitte, nous rions de sa non-sagesse et nous redescendons.

En route, Alcides me propose des cours de macramé, 10 soles de l'heure. J'accepte volontiers. Cela fait un moment que j'y pense. Les rendez-vous sont pris sur 3 jours, au total 4 heures de cours, pour mes premiers bracelets. On se retrouve pour aller acheter les matières premières. Et j'apprends les noeuds de base et comment faire les fleurs. Je continuerai mon apprentissage avec d'autres maîtres que je croiserai au cours de mon voyage.

Cours de yoga et autres

Au cours de la semaine, je vais à 3 cours de yoga hashtanga vinyasa mixé anusara, histoire de dérouiller ma carcasse encrassée par plusieurs mois de glande. Dans le quartier, il y a des cours à tous les coins de rues. Question de facilité, je rejoins Caroline dans son école, au Yoga Inbound sur Carmen Alto 110.

Salutations au soleil, pigeons, torsions, corbeaux, positions sur la tête, triangles... Tout y passe. Je suis surprise de la souplesse et de la mémoire musculaire qu'a gardé mon corps. Il me fera quand même payer l'effort par de bonnes grosses courbatures. Mais ça fait du bien.

Je profite également de mon séjour à HH pour découvrir le Kundalini yoga. On commence la séance avec quelques Om. On enchaîne avec une série de Cat & Cow. Puis, un exercice pour expulser la colère avec une série d'expirations actives avec la bouche en forme de O. En même temps, on lève le poing droit devant soi, on l'envoie vers l'arrière en passant bien derrière la tête au-dessus de l'oreille et on alterne avec le poing gauche, pendant 15 minutes. Si vous avez froid, essayez, ça réchauffe. Ensuite, on continue avec le chant du Ma. Sans rentrer dans les détails, on s'assoit bizarre, on se tient l'oreille droite et on chante pendant 11 minutes sans discontinuer. Et on recommence avec l'oreille gauche, 11 minutes. On termine sur une méditation allongée, en savasana. Je sors de cette séance épuisée, avec une impression mitigée.

Une autre découverte, le yoga du rire, enfin presque... Le prof qui est censé donné le cours est resté coincé au Machu Picchu. On se regroupe quand même et Thomas, un allemand de passage, nous transmet quelques exercices qu'il a appris auparavant. On ajoute chacun quelques idées: la danse du singe, le rire forcé allongé suivi de la méditation silencieuse, des chants, dont "Raise me up" entonné par une canadienne, 68 ans, rockie à la mèche rose et à la voix cristalline, qui m'arrachera une larme. Au final, on passe une heure en rire et fou rire. Et franchement, voilà!

Ma semaine à Cusco s'achève avec le départ à Coya pour la cérémonie d'Ayahuasca. Je pars contente de mon séjour et triste de quitter cette ville, au goût de reviens-y.

 

Et d'ailleurs, je ne résiste pas... J'y reviens quelques jours après l'aventure du Machu Picchu, pour me reposer avant la prochaine étape, Puno et le lac Titicaca

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Commentaires : 3
  • #1

    papa (dimanche, 07 septembre 2014 11:24)

    encore de belles rencontres bon un peu de retour aux année 70 chez nous, hippie et peace and love mais surement très enrichissant de voir comment les autres peuples vivent a l'autre bout du monde.donc la suite sera un voyage hallucinogène a ne pas pousser trop loin pour la santé physique et mentale.
    big bisous ma cherie

  • #2

    Annie Alvarez (dimanche, 07 septembre 2014 18:53)

    Que de découvertes intéressantes qui doivent concrétiser lectures et expériences passées. beaucoup d'étrangers au pays apparemment. Le monde se rend compte que nous sommes trop "avancés. besos

  • #3

    Corinne Truttmann (dimanche, 07 septembre 2014)

    C est hallucinant ton périple, tu me fais envie de partir et vivre des choses semblables ;-)