Le retour du Machu Picchu, toute une aventure

Un itinéraire contrarié

Après une nuit à Aguas Calientes, il est temps de repartir pour notre prochaine étape. Nous emballons nos affaires consciencieusement et faisons notre check out à 9:00AM. Puis nous passons au marché pour un petit déjeuner (jus de fruit et arroz a la cubana) avant de nous mettre en route pour la Central Hidroelectrica, à 8 km, soit entre 1h30 et 2h30 de marche. Notre projet de base est de marcher jusqu'à Hidro, prendre un combi et revenir via Santa Teresa et Santa Maria, itinéraire plus long que par Ollantaytambo, mais qui nous offre une escale avec sources chaudes et bains. 

Après une vingtaine de minutes, nous croisons un premier guide qui nous déconseille vivement de nous rendre à Santa Teresa car la révolte y gronde et tous les accès sont bloqués. Aucun bus, taxi ou voiture n'est en mesure de quitter la ville qui est ceinturée par une police débordée. Avec un peu de chance, nous serons quand même en mesure d'être escortées hors de la ville. Alors nous continuons mais sommes arrêtées cinq minutes plus tard par une mamita qui vient de là-bas et qui nous tient le même discours. Puis encore un autre guide... Au final, par mesure de prudence, nous renonçons et faisons demi-tour. 
Retour au point de départ. Là, nous faisons la connaissance d'un membre de l'office du tourisme. Il nous parle de la mafia qui s'est installée autour du MP, soutenue par des politicars corrompus. L'entreprise ferroviaire qui détient le monopole n'est même pas péruvienne et, détient tous les pouvoirs pour appliquer des tarifs prohibitifs, y compris pour les locaux qui ont désormais du mal à accéder à leur propre patrimoine. Une loi devrait, d'ailleurs, prochainement passer pour obliger les touristes à utiliser les services d'un guide. 

Décidées à ne pas plus supporter cette infamie en payant les 60$ qui pourraient nous ramener aisément à Ollantaytambo, et d'humeur piétonne aventureuse, nous décidons de marcher le long de la voie, malgré l'interdiction, munies de quelques courses et des précieux conseils de notre informateur du moment. 

En avant, pour une épreuve sur deux jours

30 kilomètres, en théorie, ce ne paraît pas si long. C'est sans compter nos sacs, qui pèsent entre 15 et 20 kg... Nous quittons Aguas Calientes vers 1:00PM. L'objectif: nous devons faire environ la moitié du trajet avant la nuit et le reste le lendemain. D'après ce que nous savons, il est possible de camper vers le KM 98, et si nous avons de la chance, nous pourrons peut-être nous faire embarquer par une petite voiture jaune, celle des ouvriers, contre un tip. 

Jour 1: environ 12Km, facile... Ou pas

Nous marchons depuis ce qui me semble déjà des heures et j'aperçois le panneau du KM 108. Nous n'avons parcouru qu'un petit kilomètre et demi. Le sac me brûle les épaules et Caroline avance bon train devant. Je serre les dents et attend une première pause avec impatience. Arrive le KM 107, pause pipi après seulement une demi heure de marche. Alors que je me libère de mon fardeau, je me demande déjà pourquoi je m'embarque toujours dans ce genre de galère. 

On reprend la marche et on voit une première voiturette jaune, qui va dans le mauvais sens. Nous en croiserons d'autres de ces petites voitures, qui vont toujours en direction d'Aguas, jamais d'Ollan... A croire qu'ils les stockent toutes à Aguas, les font disparaître ou les téléportent back to Ollan, pour éviter qu'un échappé du système ne puisse en profiter pour quitter la ville. Enfin bref... 
KM 106... KM 105...104...103...102... Pause après une nouvelle heure de marche. Chaque fois qu'un train passe, nous l'entendons nous klaxonner. Le chauffeur nous salue et nous nous écartons de la voie pour éviter de se faire happer. On lève quand même un pouce, des fois qu'une bonne âme nous prenne en stop. Ce ne sera qu'un fantasme. 

KM 101...100...99...98... D'après ce que nous a dit le guide, on aurait dû trouver des bâtiments vides où dresser le camp. Mais il n'y a qu'un champ avec des chevaux. Il est 04:30PM et le soleil se couche dans une heure et demie. Ereintées, le dos en compote, nous ne sommes pas sûres de pouvoir atteindre les bâtiments avant la nuit, ne sachant pas à quel niveau ils se trouvent. Alors nous décidons de rester là pour la nuit. 

Camping sauvage, au milieu de nulle part

Nous trouvons les restes d'un feu et montons la tente à proximité. Quelques chevaux curieux viennent faire le tour de l'installation. Je les chasse pour qu'ils ne piétinent pas notre frêle abri. Alors que Caroline part chercher de l'eau, je m'attèle à allumer le feu. La veille, il a plu et le bois est humide. Premier essai, raté. J'ai repéré un arbre creux et y trouve quelques écorces sèches. Deuxième essai, ça fume mais encore un flop. La lumière baisse, le froid arrive. J'ai faim. Il est hors de question de renoncer. Je vais chercher quelques feuilles mortes, encore quelques bouts d'écorces, j'invoque l'esprit du feu, déchire une page du livre de Jon Kabat-Zinn. Troisième essai, bingo. Le feu part enfin après une demi heure d'acharnement. On met à cuire le riz, avec des carottes et des oignons dans les assiettes en fer récemment achetées, et de l'eau à chauffer dans les timbales, pour le maté. 

Je repars chercher de l'eau et alors que je reviens, j'aperçois une silhouette qui n'est pas celle de Caroline. En m'approchant un peu plus, je découvre qu'une nouvelle tente se dresse à proximité de la notre. Deux argentins en marche ont vu la lumière et sont venus profiter de notre feu. Après les échanges cordiaux de bases, nous dinons puis rejoignons chacun nos pénates pour la nuit.
Vers 1:30AM, la pluie commence à tomber. La mini tente ne fait pas le poids face au déluge que Pachatata nous envoie. Je sens les premières gouttes frapper mon visage. Je sors pour poser ma cape de pluie par dessus la toile, en espérant gagner un peu d'étanchéité. C'est une nuit mouillée, froide et sans sommeil. J'attends avec impatience que le soleil se lève. 

4:30AM, la tente prend l'eau de toute part, nous sommes dans une piscine. Il fait toujours nuit.

5:30AM enfin, la lumière du jour est là. Il pleut toujours. Nous remballons vite fait nos affaires, trempées jusqu'à la moelle et frigorifiées. Nous nous remettons en route. 

Jour 2: les 16 derniers kilomètres - humides, froids, éprouvants

KM 97...96...95...94... Nous arrivons à Pampacahua. Ah c'était donc là, les bâtiments où nous aurions pu camper à l'abri et au sec... Nous nous arrêtons pour le petit déjeuner. Je fais un feu de fortune avec les trois brindilles sèches que nous trouvons dans la cabane. C'est suffisant pour cuire l'avoine, faire bouillir l'eau et nous réchauffer un peu. Ca fait du bien et on se contente avec de moins en moins. La pluie est devenue une bruine légère, il est temps de repartir.

KM 93... Nous trouvons un chemin qui longe la voie ferrée, mais à travers champ. Un vrai petit bonheur: c'est large, plus besoin de traverser les rails et être à l'affût des trains qui passent. Nous avalons les kilomètres sans trop nous en rendre compte, car il n'y a plus de bornes pour nous rappeler que nous n'avançons franchement pas vite. Nous trouvons une ruine où nous nous arrêtons pour une pause avec encas frugal se résumant à un morceau de pain et de l'eau. 
KM 88... Un petit village se dresse devant nous. Là aussi nous aurions pu passer une nuit au sec. Le chemin monte et descend. Ca me tue les jambes, le dos, le cardio, le moi. Je n'en peux plus, implore une nouvelle pause. On s'arrête et à mon plus grand désespoir, nous ne sommes qu'au niveau du KM 85... Je pensais être un peu plus près du but, j'ai envie de pleurer. Les deux argentins de la veille arrivent à notre hauteur. Allez, on y est presque. Ce n'est pas loin, disent-ils. Nous repartons, ils passent devant. Ils marchent vite et avalent la montée comme un plat. A croire qu'ils sont croisés chèvre et chamois. 
KM 83... C'est la fin du chemin, retour sur la voie ferrée et ses nids de poules, cailloux qui tordent les chevilles, trains qui vous frôlent. Nous ne sommes plus qu'à un kilomètre de l'objectif. Nous avons vus 2 sites de ruines en chemin. Ça paraissait intéressant et à voir, mais l'épuisement m'a fait oublier où... 

Un kilomètre à pied, ça use les souliers... Un kilomètre à pied, ça use les souliers... Je chante et répète la petite comptine comme un mantra pour ne pas m'écrouler et me laisser mourir là. 

Dernière ligne droite: la délivrance

KM 82... Enfin!!! Le panneau est là et juste derrière, se dessine le village de Piscacucho, notre porte de sortie, notre porte du Paradis. Le pas lourd, nous passons la petite gare. Un homme nous salue, nous demande d'où on vient et nous indique l'arrêt de bus. Je lui demande s'il y a une tienda dans le village. Oui, en haut à gauche après la grande montée. Regain d'énergie, je me sens pousser des ailes. J'embraye et passe la seconde. Arrivée en haut, je vois nos deux argentins, assis, tranquilles. Je jette mon sac, mon fardeau à terre. J'achète un coca, un paquet de biscuit au chocolat, les meilleurs du monde. Caroline arrive, le bus aussi. Je monte et m'écroule sur un siège, elle aussi, direction Ollantaytambo, Urubamba puis Cusco. C'est la fin du périple, fin du calvaire... Mais quelle aventure! Je suis soulagée et presque déçue que ça se finisse si vite. Merci Pachamama et tous les autres pour ce cadeau de vie. 

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Commentaires : 3
  • #1

    Margarita (lundi, 15 septembre 2014 18:49)

    Mais... je croyais que vous partiez avec 10kg max!! Le poids c'est une angoisse ;)
    Bravo les girls!!

  • #2

    papa (mercredi, 17 septembre 2014 09:30)

    hé bé quelle aventure vous allez etre au top pour faire le GR20 avec mam. belles sur les photos mais un peu fatiquées au km 82.le feu avec pierre a feu ou au briquet ??
    je pense que le plus dur (je me souviens chez les scouts) c'est les épaules qui brulent avec le sac et de se coucher,avec une tente qui fuit.et je pense d'un manque de proteines pour la fatigue,quelques oeufs,car l'avoine c'est pour les chevaux.
    allez courage bise de nous deux

  • #3

    Annie Alvarez (samedi, 20 septembre 2014 11:01)

    Dites donc les filles, vous allez avoir une de ces lignes à force de vous agiter comme çà. Je crois que je serai morte en chemin !! mais courage votre quête avance à grands pas. Grosses bises à vous