Le lac Titicaca: Uros, Amantani et Taquile

Aller sur le lac Titicaca, c'est comme donner vie à mes cours ennuyeux de géographie du collège. Si je me rappelle bien, c'est le plus haut lac navigable, ou un truc du genre... Et son nom a généré quelques fou-rire pour les ados pré-pubères que nous étions. Je viens d'apprendre que cela voudrait dire "Puma de pierre" en Aymara, ce qui expliquerait la symbolique utilisée pour le représenter dans l'artisanat local. Ce soir, je me couche moins bête ;)

De Cusco à Puno, avec Copacabana compagnie

Avant de pouvoir naviguer sur les eaux presque limpides du Titicaca, il faut d'abord s'y rendre. Première étape, le Terminal Terrestre de Cusco. En faisant le tour des agences, le prix varie de 20 à 85 soles. Bien entendu, nous choisissons la compagnie à 20 soles, Copacabana, qui a un petit comptoir miteux à l'entrée du terminal. En ressortant, billet en poche, je m'aperçois que le bus n'est pas garé dans le terminal, mais en dehors. Son flanc est tout cabossé et son état général, disons-le franchement, est loin d'inspirer confiance. Advienne que pourra, on verra demain quand il faudra le prendre.
Leçon du jour: vérifier l'état des bus et le nom des compagnies avant de prendre le billet.

Il est 10:00PM, nous sommes devant le guichet Copacabana et attendons pour le départ. Nous voyons le terminal se vider, mais nous, nous ne bougeons toujours pas. Finalement, un type vient nous chercher vers 10:20PM. Nous marchons et sortons du terminal pour arriver devant un bus 0 étoile. Nous jetons les sacs dans la soute et montons dans le noir, car le chauffeur n'arrive pas à allumer la lumière. J'ai comme un doute qui s'installe. Nous sommes surclassés du 2ème étage au 1er étage (de semi-cama à cama) car nous ne sommes que 3 passagers. Les sièges sont déglingués, impossible de changer l'inclinaison, mais ils sont confortables. Après quelques minutes d'attentes, deux retardataires nous rejoignent. Le bus démarre, c'est une bonne surprise, et part avec ses 5 occupants.

Nous roulons une dizaine de minutes et nous nous arrêtons. Nous sommes toujours à Cusco et je ne comprends pas très bien. Ça fourmille à l'extérieur. En fait, nous chargeons de nouveaux passagers, toute une banda avec instruments, qui vont occuper le 2ème étage. Nous restons tranquillement à 5 au premier. Puis nous prenons la route pour de bon. Le chauffage se met en route et transforme l'habitacle en un petit sauna. J'enlève couche après couche pour me retrouver en T-shirt. Pas désagréable, compte tenu de mes expériences passées qui tenaient plus du frigo. Je trouve le sommeil assez vite dans la pénombre imposée, car les veilleuses non plus ne fonctionnent pas. Le trajet se passe tranquillement. Les freins ne crissent pas plus que ça, la route est quasi bonne. Au final, ce bus peu reluisant remplit tout ce qu'on attendait de lui: arrivée à bon port et dans les temps, nuit confortable au chaud à un prix imbattable... Que demander de plus!?

Nous atteignons Puno vers 6:00AM. La ville en tant que telle ne semble pas présenter un grand intérêt. Le bus nous dépose aux abords du terminal.

Puno, le port d'entrée sur le lac

Nous entrons dans le terminal pour nous renseigner, où dormir et comment rejoindre les îles. Nous rencontrons Lilian, petit bout de femme sympathique d'une agence de voyage quelconque qui nous propose un hôtel à 40 soles, et un tour des 3 îles à 90 soles. Voilà un premier repère.

Il est à peine 7:00AM, soit l'heure du petit déjeuner. Nous prenons une moto pour nous rendre au marché le plus proche, sur Bolivar. Sur la rue, on trouve la mama qui vend la boisson au quinoa et des sandwichs à l'avocat. Puis à l'intérieur, pas loin des stands de poissons et de poulets, celle qui fait les jus de fruits. D'ailleurs, ce sera le jus le plus cher que nous boirons au Pérou, à 4 soles le petit verre.

L'estomac semi-plein, je me rends compte que j'ai oublié les courses au terminal. Nous reprenons une moto, arrêt pour réparer mon oubli et direction le port. Là, nous trouvons nos billets pour visiter les 3 îles pour 30 soles, sur autant de jours que nous le voulons. Le prix n'inclut que le transport. Pour le logement, il faut voir directement avec les familles. Un bon point!

NB: ne pas passer par les agences de voyage pour visiter les îles car: 1. C'est plus cher et 2. Ils paient les bateliers et les familles qui vous accueillent pour dormir, avec des mois de retard. Il vaut donc mieux passer en direct. C'est avantageux pour tout le monde!

Uros, les îles flottantes

Départ à 08:20AM du port de Puno. Nous sommes une petite vingtaine, dont une bonne douzaine de français. La première escale de notre tour en bateau nous amène sur une des 87 îles flottantes de l'archipel d'Uros.

Ca sent le piège à touristes à fond. Le capitaine nous débarque et nous sommes pris en main par le président de l'île qui nous fait asseoir pour une petite explication / représentation: L'île se construit sur quelques semaines, avec en base du "Quilque", sorte de système racinaire, prélevé sur les formations de roseaux au large. Puis ils rajoutent des couches de "Totura" pour faire le sol. Le tout est ensuite amarré avec de grands bâtons. Chaque île a une durée de vie de 30-40 ans et 5 à 6 familles peuvent y cohabiter. Ca pue l'eau croupie et la vase. Et ça bouge, on a l'impression de marcher sur un matelas d'eau.
Puis, c'est parti pour l'aventure: le président nous invite à monter sur les embarcations traditionnelles, pour un tour de 10 minutes à 10 soles. Nous passons notre tour et en profitons pour chiner autour des petits stands d'artisanat, préparés par les locaux pour l'occasion.

Après une petite heure, nous remontons à bord. Le capitaine nous offre de la coca à chiquer, et j'en profite pour faire une offrande à la Pachamama et au lac.

Amantani, la lointaine

Nous atteignons les côtes d'Amantani vers 12:00PM. Nous entrons dans le petit port de la communauté de Pueblo. Là, viennent se presser les femmes en habits traditionnels. La cargaison du bateau, c'est-à-dire nous, va être répartie entre les différentes familles qui font office de maison d'hôtes pour la nuit. La machinerie est bien rodée, et le tarif fixé à 30 soles pour déjeuner, dîner, nuitée et petit déjeuner. Je me sens un peu gibier au milieu de la curée. Je demande si nous pouvons plutôt planter la tente chez quelqu'un. Aurelia nous accepte. Mais avant d'y aller, il faut s'acquitter de la taxe pour entrer sur l'île, de 8 soles par personne, auprès de l'agent municipal. Mais comme nous y passons la nuit, nous avons le droit à un rabais, ce sera 8 soles par couple.

Le petit bout de femme nous invite à la suivre et nous longeons la côte. Elle nous montre sa maison en contre-haut. Je lui demande si nous pouvons planter la tente au bord du lac, pour éviter de monter les sacs. Pas de souci. Nous montons le camp et la rejoignons pour le déjeuner. Au menu, soupe de quinoa, riz, oeuf au plat et légumes. C'est riche, c'est chaud, c'est bon et ça remplit. Elle mange avec nous, nous appelle "amiga". Nous nous sentons moins clients et plus invités. D'après le programme, il est temps pour nous d'aller visiter l'île et pour elle, d'aller retourner la terre. Elle nous donne rendez-vous à 7:00PM pour le dîner.

Encore une ascension...

Amantani a deux sommets: à gauche, le temple du Pachatata et à droite, le temple de la Pachamama. Les groupes de touristes font les deux. Nous choisissons celui plus familier de la Pachamama. Au milieu de la montée, nous croisons un taxi cheval qui nous propose de nous amener au sommet pour 15 soles. Je préfère mes pieds car je prends en pitié la pauvre bête qui souffle autant que moi. Le choix est bon car tous les groupes se massent en premier vers le Pachatata, ce qui nous laisse le temps de profiter en quasi tête à tête de la vue depuis l'autre crête. Une offrande de quinto (3 feuilles de coca choisies avec amour) et une méditation face à l'occident et au soleil, puis nous redescendons car le vent froid nous saisit les oreilles.

En route, nous retrouvons Jean-Jacques et Huguette, un couple de français à moitié retraité, globe-trotteurs des premières heures. L'accent qui chante les situe du sud. Ils partagent avec passion leurs expériences. Ils ont fait tous les pays ou presque, et plusieurs fois pour certains. Ils me font rire, car ils ont commencé dans de l'hôtel 4 étoiles, et se sont "rootsifiés" au fil des années, pour devenir de vrais backpackers avec tente et réchaud dans le sac. Ils parcourent le monde pour trekker et nos chemins se croiseront jusqu'à Copacabana, en Bolivie, où nous nous quitteront pour de bon. Nous irons à La Paz, eux, dans les Andes royales pour 9 jours de marche.

 

Il est presque 7:00PM, temps du dîner. Nous retrouvons Aurelia et sa maman, qui nous a préparé la soupe habituelle et oh surprise, des spaghettis à la napolitaine... A table, elle nous raconte un peu sa vie. Elle a deux enfants au collège et son aînée à Puno qui travaille comme aide de maison. Son mari est à la ville pour travailler et ne revient que trois mois par an sur l'île. Elle s'occupe des champs et tricote quelques bonnets et ceintures, en plus d'accueillir les "amigos". C'est dur de rentrer de l'argent. Le discours a quelque chose de convenu, et me laisse quelque peu dubitative, compte tenu de la maison, trop bien finie pour être celle de pauvres paysans sans le sou. Mais la bonne femme est sympathique et chaleureuse. La nourriture est bonne. Si vous avez envie d'aller à Amantani, c'est une adresse que je recommande*.

Nous quittons Aurelia pour notre tente, vue sur le lac. Nous faisons un petit feu avec les quelques brindilles que nous avons trouvé sur notre chemin. La pénurie de bois sur l'île ne nous permet pas de faire une grosse flambée, mais suffisamment pour faire bouillir l'eau pour le maté. Il est temps de dormir. Un orage éclate et met à l'épreuve notre nouvelle tente seconde main, acquise au prix de grands efforts de négociation à Cusco (qui aurait cru que c'était si difficile de trouver et d'acheter une tente dans la ville départ de nombreux treks). Elle tient bon et nous garde au sec. Quel bonheur! Je vous le dis, avec le voyage, on se contente avec de moins en moins: être au sec et au chaud, avoir de l'eau chaude pour se doucher, avoir un T-shirt et des chaussettes propres, etc... Enfin bref, toutes ces petites choses que l'on prend pour acquises, mais qui font tellement de bien au moral lorsqu'on en a manqué.

Réveil matinal, paquetage et riche petit déjeuner à 7:00AM avec crêpe, pain, confiture et beignet de camote (patate douce). Nous quittons notre hôte après une chaleureuse embrassade. Nous avons rendez-vous à 8:00AM au port pour nous rendre sur Taquile.

Taquile, l'artisanale tranquille

Une heure et quelques de traversée et nous accostons au petit port côté Est. Nous devons là aussi nous acquitter de la taxe d'entrée: 8 soles par personne que nous négocions à 5, en mentionnant que nous allons rester la nuit.

Encore une ascension éreintante, chargée de nos sacs, pour rejoindre la place centrale où sont regroupés tous les visiteurs du jour. Il y a un restaurant communautaire dont la gestion se partage entre les différentes familles de l'île. Nous demandons le prix d'une chambre et obtenons d'abord un 60 soles par personne. En faisant le tour, je demande si je peux planter la tente: bien sûr, il suffit de s'éloigner un peu du centre du village, personne ne nous dira rien. Et je trouve finalement le tarif le moins cher à 50 soles, incluant nuitée, déjeuner, dîner et petit déjeuner, chez Alfredo où nous envoyons Jean-Jacques et Huguette.

Après une pause pipi, nous partons en quête d'un bout d'herbe pour planter la tente. Nous trouvons notre bonheur derrière une tienda abandonnée, sur le chemin du port Chilcano qui se trouve de l'autre côté de l'île et duquel les bateaux repartent pour Puno. Camp monté, nous rejoignons le couple pour le déjeuner, sur terrasse avec vue panoramique.

 

Un menu unique sur toute l'île: soupe de quinoa, truite frite et maté - 20 soles. Régime végétarien oblige, nous échangeons la truite par une omelette aux légumes. Pour la digestion, rien de tel qu'une nouvelle ascension pour voir l'île dans son ensemble, faire une offrande dans le temple du soleil et un brin de méditation. Nous regagnons ensuite le camp où je construis une cuisine sommaire avec quelques pierres, en vue du dîner. Bouillie de pâtes, carottes et oignon. Rien de très ragoutant mais suffisamment nourrissant. Avant d'aller se coucher, je mets du bois à l'abri pour le petit déjeuner. Grande idée car Patchatata ne nous épargne pas et nous envoie un bel orage durant la nuit. Au réveil, avoine sur le feu et puis, un dernier tour dans la boutique artisanale communautaire où Caroline craque finalement pour une paire de mitaines qui lui avaient fait de l'oeil la veille. On remballe et marchons une petite demi-heure jusqu'au port où nous attendons le San Lucas, qui nous ramène à Puno.

Durant la traversée, nous passons à proximité de la "capitale" d'Uros, le plus grand regroupement d'îles flottantes. Alors que nous approchons de Puno, le ciel s'assombrit et nous fait regretter d'avoir quitter les côtes enchanteresses et ensoleillées de Taquile. C'est la fin de notre aventure sur le Puma de pierre. Demain, nous changeons de pays. En route pour la Bolivie!

* Pour s'y rendre: prendre le bateau depuis le port de Puno (2h) ou encore mieux, depuis le petit village Chiffon (30min). Il faut prévenir Aurelia de son arrivée au moins un jour avant, qu'elle puisse s'organiser. Pour obtenir ses coordonnées, vous pouvez m'envoyer un email. Je serai ravie de vous les communiquer.

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Commentaires : 9
  • #1

    papa (mardi, 30 septembre 2014 15:43)

    c'est très beau dommage que ce soit devenu une autoroute a touristes on a vu un reportage sur le perou cette semaine et bien sur ,le macho picchu et le lac petit caca comme tu le raconte c'est toujours aussi passionnant de te lire on s'y croirait que de belles aventures bon moi je n'aurai pas échangé ma truite pour des oeufs c'est a chacun de voir.tu
    te rattrapera en argentine avec un bon t-bon steack ou en polynésie avec du bon poisson,on attend la suite avec impatience big bisous

  • #2

    Christine , Michel (mardi, 30 septembre 2014 18:22)

    Voilà, je viens de te lire avec plaisir, après avoir lu le reportage de Caro, hier; Vous avez fait une belle affaire avec cette tente étanche, elle vous protège des pluies nocturnes ! Bien vu l'évitement des touristes en choisissant Pachamama, mais le hasard fait bien les choses ! Les mitaines sont vraiment superbes: quelles couleurs : j'adooore !!! J'apprécie aussi les gros plans des petites fleurs sur votre parcours; Une étape qu'il fallait faire sur ce Puma de pierres !!! vous avez bonne mine: la cantine est bonne ! hi hi ! bisous, bisous

  • #3

    Annie Alvarez (mardi, 30 septembre 2014 19:16)

    Vous lire et regarder les photos sont un plaisir de ma petite vie tranquille. Tous les jours je me "rend" aux nouvelles. Quelles aventures, de quoi écrire un livre au retour. Cette civilisation péruvienne (incas) mérite d'être approfondie !! bon vent pour l'Argentine !!

  • #4

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