Samaipata, havre de paix et volontariat

Nous arrivons à Samaipata vers 01:00PM. Le bus nous dépose le long de la route, face à la tienda L'Estrellita. Un groupe de jeunes "hippies" sont assis devant et nous renseignent sur la présence d'un camping, dans le village que nous rejoignons après une dizaine de minutes de marche.

Quelques jours dans le village

Nous arrivons au village et au premier embranchement, nous voyons le panneau du camping convoité, El Jardin. Dès les premiers mètres, l'ambiance est posée: écolo, alternative, perchée. Arrivées à la place, nous prenons à gauche, passons par le marché pour une pause pipi à 1 bs. Nous entamons la discussion avec la dame pipi, qui nous dit qu'il y a aussi le Jaguar Azul pour planter la tente, mais qu'El Jardin est mieux équipé. Nous regardons le chemin accidenté qui mène au premier et, nous nous dirigeons vers le deuxième. 

En passant le portail, quelle bonne surprise. L'endroit est charmant, vert, bien entretenu. Quelques constructions écolos, en terre et bouteilles se dressent devant nous. Entre les arbres, on aperçoit une coupole. Au fond, une cuisine ouverte. J'adopte, Caroline aussi. Nous montons la tente pour 20bs par personne, par nuit. 
Nous allons au marché. Après deux refus, une des señora veut bien nous servir son plat en remplaçant la viande par des oeufs. Nous mangerons donc chez elle les jours que nous passerons à Samaipata. Puis nous découvrons Soeur Sourire, petit bout femme à l'air renfrogné, qui fait des jus, cafés et empanadas. Ce sera notre point de chute pour le petit déjeuner et le quatre-heures. Malgré notre fidélité, mes tentatives vaines de blagues, toujours nous aurons l'impression de l'emmerder et jamais nous n'obtiendrons de sourires ou un quelconque signe de considération. Mais les empanadas sont toujours bien remplies, fraiches et chaudes quand elle en a. Plus loin, section fruits et légumes, nous avons le plaisir d'acheter notre dîner à Madame Frutilla qui ne veut pas qu'on choisisse nos fruits et qui s'énerve si nous hésitons sur les quantités. 

Nous passons au Café 1900, seul café qui dispose du wifi... enfin presque. Le réseau permet à peine de recevoir et envoyer un email. Et la clé est changée tous les 2/3 jours. J'y découvre avec plaisir le Mocochinchi, sorte de thé froid à la pêche. Ah c'était donc ça, ce truc bizarre et marron, servi dans la rue avec un truc au fond du verre!
La semaine, le village est à moitié mort. Mais lorsque le weekend vient, il change de visage. La petite bourgeoisie de Santa Cruz débarque avec son argent urbain et snob. Tous les commerces retrouvent vie. Nous découvrons de nouvelles enseignes alors que nous étions passées des dizaines fois devant sans jamais les voir ouvertes. Juste après le marché, des buñuelos et des "sujitos", galettes de maïs au fromage et frites, s'apparentant un peu à un rösti. Et nous trouvons aussi du pain! C'est un peu notre quête ultime, une énigme à laquelle nous ne trouverons la solution qu'à la fin de la semaine. En effet, chaque jour nous cherchons du pain et, nous repartons soit bredouille, soit avec une galette sèche. Notre péché mignon sera quelques noix de coco fraîches, à 5 bs pièce. 

En parcourant la ville et les magasins d'artisanat ou autre devanture de guide touristique, nous trouvons plusieurs annonces pour faire du volontariat, pratique répandue à Samaipata. Je contacte la "Quinta conciencia" et "el Colibri". Négatif pour le premier, la famille est en voyage à La Paz et, positif pour le second: "hay bastante trabajo" me dit-elle au téléphone. 

Du Woofing à Chorillo

Direction El Colibri. Simone, une italienne mariée à un bolivien, expatriée depuis 8 ans, accepte de nous recevoir avec emplacement pour la tente et déjeuner, contre 4 heures de travail quotidien. 

Le challenge: s'y rendre

En théorie, rejoindre Chorillo c'est facile: une petite heure de marche pour couvrir les 6 kilomètres qui nous séparent de Samaipata. Avec les sacs qui s'alourdissent de semaine en semaine... à moins que ce ne soit mon dos qui souffre de plus en plus... autant dire que mes jambes et mon coeur me crient non, avant même d'avoir vu la montée sans fin. Nous cherchons un taxi sur la place. Le premier chauffeur auquel je demande, me sort un prix bien trop élevé de 40 bs, justifiant 2 heures de route (ahahaha bullshit!). Caroline va demander à d'autres qui l'envoient sur les roses: eux ne vont qu'aux "Cuevas" ou au "Fuerte". Ça les fait chier d'aller à Chorillo parce que la route n'est pas bonne et qu'ils gagnent plus avec un seul trajet aux destinations à touristes... Du coup, ils préfèrent juste ne pas bosser. Sur le point de renoncer et partir à Sucre, un vieux monsieur en camion s'approche et nous propose de nous emmener pour le prix que nous souhaitons. Je lui offre 30bs qu'il accepte avec un large sourire. Après 15-20 minutes de route, Don Felimon nous dépose juste après l'entrée de Chorillo, devant le portail du Colibri. 

Jour 1: Chakatilla et ampoules

Nous rencontrons donc Simone, notre hôte. Elle nous fait faire rapidement le tour du propriétaire et nous présente à Federico et Miguel, les deux travailleurs venus construire la future cuisine pour les volontaires. Le premier est belge, le deuxième est basque. Elle nous montre un petit bout de terrain plat où monter la tente. Nous le débarrassons du plus gros de pierres, bois et épines. Ça rentre à un poil de cheveu. Il est midi, nous aidons Simone pour préparer le déjeuner, comme commis. 

Après manger, nous la suivons armées de 2 machettes pour 3 dans le terrain en pente pour couper les chakatillas. Ce sont des arbustes au bois robuste, qui seront utilisés pour la structure de la construction. On se fraie péniblement un chemin dans ce qui pourrait être une sorte de maquis bolivien, qui m'égratigne joyeusement toute partie de peau non couverte. Qu'elle est mal rangée cette forêt! Après une soixantaine d'arbustes abattus et élagués, mon bras est endolori, je sue et ma main droite présente une belle ampoule mal placée, qui m'empêche d'empoigner correctement un quelconque outil. 

Fin du travail, il est environ 5:00PM. Nous nous reposons un peu avant de faire le dîner dans la cuisine du gîte, qui nous est prêtée gracieusement. Rencontre sur le seuil avec une tarentule qui espérait sûrement trouver un peu de chaleur dans l'habitation. Nous penserons à toujours bien fermer la tente et rentrer les chaussures. 

Jour 2: Chakatilla encore et pots

Levées à 07:00AM, petit déjeuner et début du travail à 08:00AM. La première mission du jour est de couper encore quelques chakatillas, une quinzaine seulement. Mon ampoule me fait encore mal. Je la perce et chausse ma main d'une chaussette en guise de protection, faute de gant. Mission accomplie en un peu moins d'une heure et demie. 

Maintenant, nous sommes embauchées pour créer des jardinières pour repiquer les fraisiers... Ou du moins, les quatre petites mottes de terre séchée avec trois feuilles qui dépassent. Nous allons chercher 6 pneus que nous redescendons et empilons devant la terrasse. Il faut maintenant les remplir. Pour mettre une moindre quantité de bonne terre, nous remplissons le premier pneu de pierres, morceaux de tuile et terre rouge, et le deuxième seulement avec la bonne terre. Cela nous prend le reste de la matinée. 

Après le déjeuner, nous descendons au village pour faire quelques emplettes au marché. Le retour se fait facilement en moto, soit pour 5 bs, jusqu'au "Castillo", demeure d'un riche magnat de l'industrie sucrière qui sonne les heures à la manière de Big Ben, à 20 minutes à pied de notre tente, soit pour 10 bs jusqu'à l'entrée de Chorillo, à 2 minutes. 

Jour 3: trous et paille

Je me réveille, j'ai mal à la main. J'ai de la peine à fermer le poing. En vérifiant, mon ampoule s'est infectée. Je sors le pus, jette un peu d'alcool dessus et bande le tout. Apposition des mains et aujourd'hui, je chausse le gant gauche de Caroline pour une meilleure protection. 

D'abord, nous devons replanter deux arbres: creuser deux trous de 50 x 50, aller récupérer de la bonne terre, remplir les trous avec, mettre les arbres et arroser. Facile... mais la terre rouge est sèche et dure, la pioche pèse au moins 5 kilos, la terre noire se trouve sous le maquis en contrebas, nous ne disposons que d'un sac pour la transporter d'un point à l'autre et de nos mains pour le remplir, d'un seau pour aller chercher l'eau en contrehaut. Bref, ça nous prend la moitié de la matinée. 

Ensuite, pour que la construction puisse avancer, les ouvriers ont besoin de paille pour faire les murs. Nous allons dans le chemin en contrehaut, munies d'une serpette et d'une binette, pour couper des touffes d'herbe, plus ou moins grandes. Je me fais attaquer par des fourmis géantes que j'ai dérangées malencontreusement. J'esquive deux ou trois araignées. Et laborieusement, nous réussissons à remplir deux sacs avant la pause déjeuner. Et tout le long, je pense à mon père qui me dit que de bons outils, c'est la moitié du travail accompli... Je comprends!  

Le soir, je découvre mon dos brûlé par le soleil. Je ne m'en suis pas aperçue à cause du vent. Bonne nouvelle cependant, l'infection s'est résorbée et l'ampoule commence à cicatriser normalement.

Jour 4: re-trous et lombrics

Dernier jour de travail. Ishbar, le mari, Amadore, 12 ans, et Vividia, 5 ans, les deux filles de Simone viennent de rentrer, ce qui anime un peu El Colibri. On nous demande de replanter les deux pêchers. Même combat que la veille. Une suée ou deux, et la mission est accomplie. 

Puis arrive la surprise du chef, le tri de lombrics de Californie. En théorie, c'est d'une simplicité enfantine: il suffit de séparer les grands lombrics des petits, pour permettre aux petits de croître plus tranquillement, aux grands de travailler plus efficacement et d'éviter la surpopulation. Dans les faits, c'est crade, ça pue et pour moi, ça n'a pas grand intérêt. Pour planter le décor, imaginez-vous agenouillés devant un grand tas de merde... pardon, de compost... en train de creuser à la main pour trouver les fameux lombrics et mettre ceux qui font plus de 3 cm à droite et les autres, dans un seau pour ensuite les remettre à gauche, et le tout pendant deux heures en plein soleil avec une gamine de 5 ans, qui vous tient le crachoir, plus bavarde qu'un poulailler. Au final, heureusement qu'elle était là, car c'était sûrement la partie la plus divertissante de l'activité et, disons-le, une aide précieuse car je me suis contentée de creuser pendant qu'elle triait à ma place. 

Anecdote: Simone se fait piquer par une guêpe. Elle accoure auprès d'Ishbar qui lui plâtre le bras avec un cataplasme de terre rouge. Une heure après, la douleur et l'enflure ont disparu. Je m'émerveille devant la simplicité et l'efficacité du remède naturel... Nous avons beaucoup à ré-apprendre. 

Dernière soirée à Chorillo. Le lendemain, après avoir démonté la tente, Simone nous ramène à Samaipata où nous passons notre journée à vagabonder avec nos derniers 50 bs pour manger, en attendant le bus du soir, qui nous amènera à Sucre. 

Quelques tuyaux pour un bon séjour

1. Avoir suffisamment d'argent en arrivant à Samaipata : le seul bancomat du village, de la Banco Union, ne lit ni les Mastercard, ni les Visa, ni les Maestro, ni les Visa Electron. Enfin, si un jour vous trouvez quelle carte il prend, n'hésitez à partager l'info. Heureusement que nous avions quelques dollars que nous avons pu changer, et qui nous ont servi à payer les tickets de bus. Sinon nous serions encore à Samaipata, en train de vendre des bracelets pour manger. 

2. Il n'y a qu'un seul café internet avec une connexion à peu près utile: il se trouve juste avant l'Hostal Andoriña, en face de la laverie qui vend aussi des billets de bus pour Sucre. 

3. Le mystère du pain: il n'est disponible qu'en début d'après-midi. Pour savoir où sont les Panaderias, il suffit de chercher une maison qui dispose devant sa porte un objet blanc, de type chaise, table ou poubelle vide, pour signaler que les fours tournent. Une petite vieille, sortie du néant, nous confirme l'information le dernier jour. 

4. L'estrellita, le supermarché: c'est la tienda sur la route de Santa Cruz/Sucre. Elle a le plus large choix de produits, de pain, de sucré, de glaces, de tout ce que vous pouvez trouver à Samaipata. Si vous ne trouvez pas ce que vous voulez ici, il vous faudra repartir dans une grande ville ou avoir beaucoup de chance. 

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Commentaires : 4
  • #1

    Annie Alvarez (dimanche, 05 octobre 2014 19:26)

    Mon dieu, toutes ces bestioles, surtout les araignées, j'aurai déjà fait une crise cardiaque. Pas top non plus les fourmis. Et pour ta main, as-tu tjrs de l'aloe vera. Sinon que d'expériences, vaya con dios les filles !!

  • #2

    Truttmann Corinne (dimanche, 05 octobre 2014 19:52)

    Que d aventures ! Bises

  • #3

    papa (lundi, 06 octobre 2014 11:50)

    j'espère que pour tout ce travail vous aviez déjeuner ET diner pour le logement c'était votre tente sinon c'est un peu
    de l'exploitation de deux pauvres jeunes femmes sans le sou hi hi hi... tu devrais avoir toujours un peu de bétadine ou mercure au chrome pour les petites plaies j'espère que tu es a jour de ton vaccin tétanos parce que a trifouiller la terre c'est indispensable (même si on est contre les vaccins) bon cela vous apprend le métier d'agriculteuse maraicheuses pour votre futur travail.bon trève de blagues on attend avec gourmandise la suite de l'aventure et take care aux insectes et autres bestioles lors des campings sauvages. big bisous

  • #4

    christine, michel (lundi, 06 octobre 2014 21:31)

    vous voilà devenues tâcheronnes , avec du travail très physique que vous n'aviez jamais eu l'occasion d'exercer ! donc , voilà, c'est fait: à inscrire sur vos tablettes;
    j'apprends que le pain se fabrique chez l'habitant qui souhaite en vendre quand il en a envie ou bien quand il en fabrique ( pas tous les jours apparemment)
    la petite madame qui ne sourit pas est peut être coquette et ne veut pas vous faire voir ses dents ?
    Et puis, entre lombrics , ampoules, araignées, coups de soleil, sacs à dos de plus en plus lourds : que d'aventures les filles, on vous suit à chaque fois avec autant d'admiration pour tout ce que vous vivez... on vous embrasse et prenez toujours soin de vous.