Le Salar d'Uyuni, et une escale à Sucre

Laguna Colorada
Laguna Colorada

Sucre, la ville blanche

Nous arrivons dans une jolie petite ville à l'allure coloniale. Du terminal, nous prenons un taxi qui nous emmène sur la place 25 de Mayo. Il nous conseille d'aller vers le marché pour trouver un logement. Nous nous exécutons. Deux cuadras plus loin, nous trouvons notre bonheur sur Ravelo où s'alignent les différents alojamientos, et dans les intervalles, une foule de cabinets d'avocat. 
Les deux adresses que je conseille: La Plata, en face du comedor à 30bs p.p.p.n, où nous descendons, et Le Potosi, au même prix et avec une cuisine mais complet lorsque nous y allons. 
 
Nous faisons un tour au marché qui se trouve en face. Un bonheur! De 1. il y a du pain et de 2. il y a des stands de jus de fruits frais avec un large éventail qui comblera le plus difficile. Et surtout, il y a LA Salade de fruits! Un incontournable délice qui me fait encore frétiller les papilles. Imaginez une montagne de fruits frais (ananas, pomme, orangé, raisin, pêche, banane, etc.), baignant dans du yaourt à la fraise et, le tout recouvert d'une richissime crème chantilly et quelques grains de blé soufflés et caramélisés pour le croquant. 
 
En sortant, nous passons par les stands de pain pour le dîner du soir. Face au choix, je pose quelques questions à la dame qui se transforme en quelques minutes en une acariâtre mégère qui nous chasse, lassée de répondre. Résultat: nous faisons nos emplettes au stand d'en face et repartons mortes de rire, décontenancées par l'irritabilité de la vieille. 
Pour le petit déjeuner, nous repassons au marché où une gentille bonne femme nous fait goûter le tojori, boisson repas à base de maïs, idéal pour caler les affamés. Pour un café, elle nous envoie dans le comedor à l'étage. Nous nous installons et commandons une douzaine de buñuelos que la vieille réduit à 6 car 12, pour elle, c'est trop! Qu'il en soit ainsi, je commande un pastel de queso en contre partie. Toujours aussi agréables les boliviens... Nous lui arrachons tout de même un sourire lorsque nous y retournons le lendemain. Quelle victoire! 
 
A retenir: Le dimanche, Sucre est une ville morte. Seuls quelques commerces sont ouverts dont la boutique très chic, Chocolate Para Ti, où nous achetons une plaque de chocolat. Sans être chauvin, ça ne vaut même pas le chocolat premier prix de la Migros. Et pour manger, Le condor cafe, sur Calvo c/ Bolívar, avec un menu à 25bs et un WiFi à peu près correct. 
 
Après deux nuits reposantes, nous prenons le bus pour Uyuni, en passant par Potosi, dont nous ne verrons que les 2 terminaux: le récent, énorme dôme à l'acoustique terrible qui fait résonner la voix stridente des rabatteuses et l'ancien, où les bus ont un numéro ne correspondant pas à celui des quais, créant un peu de confusion parmi les passagers. Durant le trajet, nous faisons la connaissance de 2 belges, Maxence et Julien, avec qui nous partageons un bout de notre chemin, jusqu'à notre départ pour l'Argentine.

Le Salar d'Uyuni, un tour mémorable

Nous voici rendus à Uyuni. En arrivant au coucher du soleil, il y a comme une ambience de ville fantôme du Far West, avec de larges avenues désertes en terre battue. A la sortie du bus, des rabatteuses se jettent sur nous pour nous vendre un tour sur le Salar: 3 jours, 4 jours, départ demain! A l'une, je réponds que je ne sais pas si je veux partir demain ou plus tard. Du tac au tac, elle me rétorque que demain c'est mieux, vu qu'il n'y a rien à faire à Uyuni. C'est pas faux... Mais quand même... Nous marchons vers le centre. Je fais le tour de quelques agences: toutes proposent le même tour au même tarif... Arrivés devant l'hôtel Avenida, nous retrouvons une des rabatteuses de l'arrivée, de l'agence Wara del Altiplano. Son avantage comparatif : elle offre la nuit d'hôtel à 40bs p.p.p.n. A l'agence, elle descend son prix de départ de 1200bs, à 1000, 950, pour finaliser à 900bs pour 4 jours / 3 nuits. Allez, deal! En sus à payer: 30bs, l'entrée sur l'Isla del Pescado, 150bs, l'entrée du parc Avaroa, 10bs, la douche chaude et 15bs, l'entrée du volcan Tunupa. 

Jour 1: cimetière de trains, tas de sel et hôtel de sel

Le rendez-vous est fixé à 10:30/11:00AM devant l'agence. Là, nous rencontrons notre chauffeur, Renaldo, et le reste du groupe qui se compose donc de: Julien, le cinéaste plein de doute, avec un avenir, que je lui souhaite, prometteur; Maxence, l'apprenti photographe, sorti des études, un brin "la vie est noire"; Tomaso, le jeune médecin italien idéaliste, en recherche d'une spécialisation; Aitana, son amoureuse espagnole, dentiste tout juste diplômée; et Claudio, ami d'enfance de Tomaso, ayant quitté son boulot en quête d'une nouvelle vie sur le continent sud américain. 
 
Nous chargeons la voiture et prenons la route pour une première étape: le cimetière de trains. Après une dizaine de minutes, nous voyons un parking rempli de 4x4 et un amoncellement de touristes sur les carcasses rouillées de vieilles locomotives. J'avais déjà eu un sentiment mitigé en rencontrant notre "non-guide", je perds un peu plus de mon entrain face à la masse de gringos. En se garant, Renaldo nous lance un "10/15 minutes ici pour prendre des photos!". Je sens en moi comme une légère ébullition. Définitivement, je suis allergique à ces tours pré-programmés, sans liberté, sans surprise, sans humanité. Je me sens pigeon à Polaroïd. Enfin bref, je fais quand même quelques clichés et je m'amuse à escalader les locos. 
Nous repartons pour nous agglutiner de nouveau avec les autres touristes sur les tas de sel. Imaginez, plein de petits tas de sel, au milieu de nulle part, avec une bande de couillons qui s'amusent à prendre des photos montage rigolotes, dans des positions incongrues. Ah douce comédie humaine! 
 
Départ ensuite pour l'hôtel de sel. Devant se dresse un immense monument au Rallye Dakar 2014. Tiens je croyais que c'était en Afrique... Quelle inculte! J'admire quand même l'immensité blanche, les hexagones dessinés naturellement au sol, les montagnes au loin. C'est notre étape déjeuner avec riz froid, tomate, concombre et banane. 
Dernier bout de chemin, une heure en quasi ligne droite. Nous arrivons au pied du volcan Tunupa, dans le petit village de Coqueza. 
La jolie surprise, c'est l'hôtel de sel qui nous attend. A l'extérieur, un bâtiment agricole quelconque. A l'intérieur, le charme opère: c'est beau, c'est blanc, c'est fait en sel. Nous y passerons la nuit. Mais avant, nous découvrons que si nous voulons effectuer l'ascension du volcan, il nous en coûtera 300bs de plus pour un guide, 60bs pour la voiture et 15bs pour l'entrée. Ah bon?! C'était pas inclus?! Et Renaldo, c'est pas censé être un guide?! Ça bouillonne de nouveau. Le coucher du soleil sur le Salar apaise un peu les esprits. Le spectacle est magnifique, les couleurs incroyables. Le dîner génère également un peu de mécontentement. Nous devons supplier pour avoir un peu plus de spagetthis, et nous sortons de table pas tout à fait rassasiés. Demain est un autre jour. 

Jour 2: le volcan Tunupa, et l'île maudite du poisson

Réveil à 5:00AM pour voir le lever du soleil et petit déjeuner à 7:00AM. 
Après décision unanime de ne pas payer les 360bs pour l'ascension, notre groupe prend la route pour le premier point de vue après nous être acquittés des 15bs de droit d'entrée. 
Une petite heure de marche, et nous nous trouvons à l'entrée de la grotte où sont gardées précieusement six momies. Un guide nous explique gentiment leur histoire et leur découverte. 
Nous redescendons pour le déjeuner frugal. On demande un peu de rab et on est envoyé sur les roses: "es la porción". A chaque fois que l'on demandera un peu de pain, un peu de soupe, un peu d'eau chaude en plus, on aura le droit à cette réponse. 
Arrivés devant l'Isla del Pescado, qui devrait plutôt s'appeler l'île des cactus géants, nous préférons rester à l'extérieur, nous évitant 30bs et une nouvelle ascension. Renaldo nous a expliqué que nous devions attendre notre nouveau guide car, lui, ne peut pas continuer. Il doit rentrer sur Uyuni pour aller à un mariage. Après deux heures d'attente sous un soleil de plomb, notre nouveau chauffeur se présente, Willy. Il échange son groupe contre le notre. Là encore je me sens quelque peu steak. 
On est prêt à partir, pas lui. Il nous fait attendre encore 30 de ses minutes qui sont 60 des nôtres. Quand enfin, il se décide, nous lui demandons de nous faire passer la nuit à San Juan, plutôt qu'à Chuvica... Histoire d'être dans un village plus grand, avec tienda et tout le tralala. Mais monsieur ne veut rien entendre, élude les questions et débite fausse excuse sur fausse excuse, qui se contredisent les unes avec les autres: "C'est trop loin", "J'ai fait la réservation ce matin", "c'est un hôtel de sel, ce n'est qu'une fois dans une vie". Ah non, ça, j'ai fait hier. S'en mêle son pote de picole, l'autre Willy. On finit quand même dans la voiture et après une demi-heure de route, il nous arrête devant un hôtel au milieu de nulle part et va voir s'il y a des chambres. Comment ça? Je croyais que la réservation était déjà faite... On le lui fait remarquer, refusant de sortir de la voiture. Il rétorque: "oui mais j'avais déjà payé". L'autre Willy arrive et nous dit qu'ils ont fait la réservation le matin par téléphone. Ah je croyais qu'il y avait pas de réseau ici, c'est pas ce que tu m'as dit il y a 3 minutes quand je t'ai demandé d'appeler l'agence! Et t'as payé par paypal aussi!!! Le ton monte. Maxence s'énerve. Caro s'énerve, moi aussi. La réponse suprême: "ici t'es pas dans ton pays". Et ma main dans la gueule, elle va être dans mon pays ou le tien!
Nos options: rentrer à Uyuni, ne pas finir le tour et perdre notre paiement ou se clamer, faire du mieux avec ce qu'on a et se la coincer. Allez, parce qu'on veut tous finir ce qui a été commencé, on décharge les sacs, bon gré, mal gré. 
 
Nous prenons possession des chambres. Par rapport à la veille, nous avons perdu 5 étoiles.  Caro et moi faisons un tour dans la seule tienda du piège à touristes, histoire de calmer les nerfs. Nous y rencontrons 4 ouvriers de la voie publique, avec qui nous pouvons rigoler de notre mésaventure du jour. Nous rentrons à l'hôtel pour le thé puis le dîner. Compte tenu du rationnement, nous avons prévu le coup, nous apportons un paquet de pâtes en plus, qu'ils nous serviront une heure après la fin du premier repas. Willy vient nous dire que demain, c'est réveil 5:30AM et petit déjeuner à 6:00AM. Hein?! Bah oui, il y a de la route... En même temps, si tu nous avais écouté et emmené à San Juan, on aurait pu dormir plus longtemps... Enfin... Bonne nuit!

Jour 3: Lagunes 1, 2, 3 & 4 et Laguna Colorada

Réveil matinal comme prévu. À 6:30AM, nous sommes prêts à prendre la route, pas Willy. Il ne s'est pas levé, trop picolé  la veille... Petit craquage au moment de charger la voiture, les gars se transforment en chipendales et nous offrent un spectacle, pour un bon fou rire qui détend. 
 
Premier arrêt à San Juan, pour visiter la ville... Ah non, il n'y a rien. Pour faire des courses donc. Willy nous pose devant une tienda, "pas cher" nous dit-il. Un Coca = 10bs et baño à 3bs. Donc on fait baño naturel, plus loin derrière un mur. Et en poussant 3 blocs plus loin, on trouve le coca à 8bs... Rourouhh, rourouhhh fait le pigeon...
Départ pour la deuxième lagune et les flamands roses. Bah, elle est où la première? Ah oui, c'est vrai, tu t'es pas levé. Donc, nous arrivons à la première/deuxième lagune, Hedionda. Les flamands sont là et pataugent joyeusement à la recherche de la bouffe. C'est beau, c'est joli, ça caille sa mère, il y a du vent. Pause déjeuner avec pâtes et poulet pour les autres, beignet de légumes pour nous (le seul bon point que je concède à Willy, il a pensé aux végétariens). Puis lagunes 3, Honda & 4, Ramaditas.
Nous passons par le désert de Siloli, où nous nous arrêtons pour voir El arból de Piedra et les autres formations rocheuses sculptées par le vent. Une, deux photos et c'est reparti. Maxence est malade et lâche quelques bombes dans la voiture. (C'est l'eau bolivienne, même bouillie, elle garde des propriétés hautement laxatives. Moi aussi j'y suis passée...) Fou rire pour nous, haut-le-coeur pour Willy. Ce sera notre petite vengeance. Incommodé au possible, Willy arrêtera la voiture avant chaque nouvelle salve pour permettre à Max d'évacuer à l'extérieur. 
Dernier arrêt de la journée à la Laguna Colorada. Le spectacle est à couper le souffle. C'est magnifique! 
 
Petit coup de stress, car il faut payer l'entrée du parc Avaroa, 150bs. Nos latins n'avaient pas été mis au courant et n'ont plus un radis. De nouveau, le ton monte. Heureusement que votre dévouée est là et sauve la situation. On passe la barrière et après 10 minutes, nous atteignons notre refuge pour la nuit. Le confort est sommaire: chambres de 7, pas de chauffage et fenêtre en carton, 2 toilettes pour 15 et sans chasse d'eau.  

Jour 4: geysers, thermes et une surprise

Réveil aux aurores. Nous arrêtons sur le site de geysers. Pour moi, c'est une première. On en prend plein les yeux et plein les narines. Je suis impressionnée par le bruit, les couleurs allant du gris à l'ocre en passant par le jaune d'oeuf, et l'odeur soufrée. 
Arrêt aux eaux thermales de Polques, aux bords de la laguna Chalviri. Nous enfilons les maillots de bains et nous jetons dans les eaux chaudes. Vu que nous avons refusé d'aller à la Laguna verde, gelée à cette époque, nous barbotons pendant une petite heure. Quel bonheur!
Et la surprise, Willy nous propose de remplacer la Laguna Verde par la Laguna Negra. Nous acceptons volontiers. C'est hors programme et hors chemins battus. Après un passage dans une gorge, nous voyons s'ouvrir devant nous une plaine où de nombreux lamas paissent en paix. Rien que ça, c'est déjà énorme. De chaque côté, des falaises sculptées par le vent et la pluie, majestueuses. Nous marchons quelques minutes et Waouh! La laguna negra est là. Paisible. Sauvage. Superbe. Incroyable. Je vois se dessiner dans la pierre, des mains, des pieds, des visages, un puma, un aigle...
 
Ressourcés, envoûtés, et 3 heures de route, c'est la fin du tour, nous rentrons à Uyuni.
 

Bilan sur ces 4 jours

J'ai aimé / j'ai adoré :

Le volcan Tunupa et l'hôtel de Coqueza: les flancs multicolores du cratère, la vue sur le Salar, le charme du petit village et de l'hôtel 

La rencontre du groupe: encore une leçon de vie, des humains au grand coeur, désabusés, idéalistes, rêveurs, pessimistes... De tout, pour faire un monde

La laguna Negra: inattendue, inespérée, époustouflante 

 

J'ai moins aimé / j'ai roté :

L'agence Wara del Altiplano: le prix était bas mais, la mauvaise foi et le manque de fiabilité de Fatima ne vaut pas le discount

Les guides Renaldo / Willy: de simples chauffeurs, non pas des guides, suivant un itinéraire pour promener des porte-monnaies avec un appareil photo

La nourriture: la quantité pour anorexiques sous cocaïne

Écrire commentaire

Commentaires : 4
  • #1

    Annie Alvarez (dimanche, 19 octobre 2014 10:20)

    j'ai adoré ce récit plein de choses bonnes et moins bonnes, mais alors j'ai kiffé les photos, quelle splendeur, çà fait oublier les aléas du piège à touristes, comme partout. bizzzz

  • #2

    papa (dimanche, 19 octobre 2014 10:24)

    une belle exploitation touristique mais incontournable pour visiter ces lieux grandioses que la nature a façonnés ils seront un jour peut etre obligés de revoir leur façon de faire lorsque les pigeons n'auront plus de plumes.par contre ton récit est vraiment "in vivo" et comme toujours très imagé bravo.et encore de belles et enrichissantes rencontres,c'est passionnant,avez vous pris un peu de sel pour la route et vos futur bivouacs.les jus de fruits me rappel "les batidos de frutas" au Venez.bigs bisous en attendant l'Argentine

  • #3

    christine, michel (dimanche, 19 octobre 2014 21:01)

    Entre désagréments et belles surprises, restent les bons moments ! Bien sûr sur le coup, quand on sait qu'on est clairement un porte monnaie pour eux, on a envie de leur voler dans les plumes !!! Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu'au final, des petits changements viennent adoucir les rv manqués ; et puis aussi, des nouvelles rencontres avec des discussions à n'en plus finir sur Un autre Monde !!!! Un billet que l'on déguste du début à la fin , avec de magnifiques clichés; bises de nous deux

  • #4

    Annie Alvarez (jeudi, 23 octobre 2014 23:22)

    je viens de relire tout çà, malgré les aléas, quelles merveilles dans notre planète mère la terre. conservons là ou essayons. les photos de vraies splendeurs. bizzzzzz ou besos à vous deux