Comment accepter l'homosexualité : Dare to be Gay

L’homosexualité, c’est encore un sujet sensible de nos jours. Je vois bien que les mœurs évoluent et que de plus en plus de personnes sont ouvertes et tolérantes sur ce sujet, et pourtant… En France, on a attendu 2015 pour être logés plus ou moins (je dois encore insister sur le moins concernant la parentalité) à la même enseigne que les hétéros, c’est-à-dire le droit de se marier et donc d’être reconnus par la loi comme une entité familiale au même titre que le reste de la population.

Bon quand j’ai vu les manifs des catho tradis et autres frustrés de la sexualité, j’ai failli m’étouffer et renoncer à ma nationalité. Ça m’a rappelé à quel point je me berce d’illusion sur l’humanité et son avancement (comme quand j’étais rentrée à l’armée dans les années 2000 en pensant qu’au 21ème siècle, l’armée ne pouvait plus être demeurée, misogyne et sexiste… Raté !). Quand on sait qu’il y a encore 72 pays qui condamnent l’homosexualité, on est encore loin du « Vivre ensemble » et du « Peace and Love ». 


Ah oui, pour tous les schnecks qui pensent que c’est contre-nature, on recense plus de 400 espèces ayant des relations homosexuelles… Donc, si ça existe dans la nature, c’est que c’est naturel. Allez-y, dites-moi encore que c’est contre nature ! Je peux à la limite vous accorder que c’est contre votre morale. Mais comme la morale est une notion purement construite, subjective, soumise à variation dans le temps et souvent découlant de textes religieux dogmatiques et aliénants, je m’en contre-carre le coquillard. J’aimerais simplement souligner que, si qui je mets dans mon lit vous intéresse tellement, c’est sûrement que celui ou celle que vous avez mis dans le vôtre ne doit pas vous satisfaire.

 

Les plus grands homophobes sont souvent les plus gros refoulés et les plus gros frustrés… A méditer… 

Revenons à nos moutons arc-en-ciel et parlons du coming out. C’est une étape essentielle pour vivre bien avec soi-même même si j’ai envie de dire que je n’ai jamais eu besoin d’annoncer mon hétérosexualité et que donc, je n’ai pas toujours compris pourquoi je devais clamer haut et fort mon saphisme… Cependant, ne rien dire c’est aussi cacher et je ne veux pas cacher une partie de qui je suis. Il y a encore trop de pays et de régions où les gens sont jugés et condamnés pour qui ils aiment alors que tous ceux qui ont la possibilité de se découvrir le fassent.

 

Je suis toujours estomaquée, choquée et profondément triste lorsque j’entends ces histoires de jeunes qui osent s’ouvrir à leur famille à propos leur trouble (parce que oui, quand on s’aperçoit que l’on aime son ou sa meilleure amie plutôt que le parfait parti que nos parents ou les potes voudraient absolument nous voir marier, c’est troublant) et qui se font jeter dehors, battre ou encore enfermer dans des camps de reprogrammation ou plus sobrement nommés, thérapies de conversion comme si on pouvait choisir et guérir d’être homosexuel.

 

A vrai dire, moi j’ai bien essayé de ne plus être homo mais ça n’a pas fonctionné. 

J’avais quatorze ans lorsque j’ai compris que, contrairement à mes copines qui craquaient sur le beau gosse de la classe, moi c’était plutôt ma voisine de bureau ou la prof de physique trop sexy qui faisait rater un battement à mon cœur. Et franchement, ça m’a blasé. Je viens d’un milieu familial très ouvert sur la question : ma mère a été coiffeuse et a gravité dans un monde où elle admirait les homosexuels exprimer totalement leur identité et leur talent créatif, mon père a été propriétaire d’un bar à Bangkok où les Lady Boys étaient légion, faisaient et font toujours partie intégrante de la société thaïe qui les accepte totalement. 

 

Pourtant, ça n’a pas suffi à me mettre à l’aise avec mon orientation car je venais moi aussi avec mon lot d’étiquettes (adoptée, chinoise, éternellement nouvelle, etc..) et franchement, tout ce à quoi j’aspirais, c’était la normalité et l’intégration au groupe. Alors autant te dire qu’en rajouter une couche avec l’homosexualité, c’était trop. Bien plus que ce que je pouvais assumer du haut de mes quatorze ans. Alors j’ai feinté, j’ai fait semblant, j’ai fait comme les autres. « Oh il est trop beau ! Moi aussi je veux sortir avec Pierre, Paul, Jacques… » alors que je rêvais de Lucie, d’Eloïse et de Julie. Tout ce que je disais sonnait faux, c’est sûr... mais tout le monde s’en foutait.

 

A cet âge-là, j’étais loin des préoccupations d’authenticité mais très près du regard et du jugement de l’autre. 

Je me suis totalement rejetée, malmenée, mal aimée. Toutes les relations que j’entamais ne m’ont jamais fait vibrer. Après une durée moyenne d'une semaine et n’excédant jamais le trimestre, elles se terminaient invariablement de la même manière : eurk… ras-le-bol, rupture. J’ai eu des copains qui avaient tout pour eux et pour plaire : gentils, prévenants, attentionnés, intelligents, drôles, beaux. Mais rien, je ne ressentais jamais rien d’autre qu’une tendre affection comme celle que pourrait avoir une sœur ou une amie.

 

Et je m’étais convaincue que l’amour était sûrement un mythe ou seulement destiné aux autres. 


Après des années de célibat que j’avais délibérément choisi pour prendre du temps pour moi, pour apprendre à me respecter et m’aimer telle que je suis, j’ai enfin décidé de m’assumer. Fini de prendre en compte ce que pensaient les autres, fini de me forcer à faire semblant, fini de vivre selon des standards qui n’étaient pas les miens. Et lorsque j’ai commencé à m’ouvrir et m’accepter, comme par magie, Caroline a débarqué dans ma vie. En m’aimant dans mon homosexualité, j’ai pu attirer à moi l’amour.

 

C’est fou, non ? En m’aimant moi-même, quelqu’un m’a aimée en retour. Alors je n’ai qu’une chose à dire : si ta vie n’est pas en jeu, assume-toi totalement. Si tes amis ou tes parents te tournent le dos juste pour ça, c’est qu’ils ne te méritent pas. 

 

En t’aimant toi-même, tu attireras les personnes qui t’aimeront pour qui tu es, vraiment, simplement, justement. Et les autres, on s’en fout et on les emmerde.

 

Dare to be gay ! You are born this way ;) ! 

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Commentaires: 2
  • #1

    ralvarez (lundi, 16 avril 2018 16:06)

    très bien écrit on comprend ton ressenti

  • #2

    Anne (mardi, 08 mai 2018 18:58)

    Bien dit, bien écrit, léger et profond...