Arrête de te mentir et vois derrière le voile de l'illusion

Il n’y a pas longtemps, j’ai commencé à écrire sur mon passé, mes expériences, mes blessures. Et plus j’écrivais, plus je voulais m’en détacher. Mais en le faisant, j’avais l’impression que, si je n’étais pas mon histoire, je n’étais plus rien.

 

Je t’ai parlé des étiquettes et des croyances que je me suis données ou qu’on m’a données. Et il me semblait qu’elles me définissaient : je suis lesbienne, asiatique, trentenaire, adoptée, voyageuse, provocatrice, cynique, française, râleuse, HP, starseed, indigo, etc… autant de mots pour créer une identité. Et autour de ces mots, c’est tout un conte que j’ai créé autour de ma personne : mes croyances, mes pensées, mes principes, mes convictions, mes rêves, mes actions, mes comportements et mes façons de réagir… 

Ces histoires qu'on se raconte...

 

Ce conte, je me le suis raconté pendant des années et des années pour avoir la sensation d’exister, de me différencier, de cerner qui je suis. Il vient de voler en éclat car je viens de prendre conscience de ce qu’il est : un simple conte… C’est une histoire que je raconte le soir à mon enfant intérieur pour le contenter et le ravir, ou le matin à mon ego pour le booster et le rassurer. Mais ce n’est que ça : une histoire égocentrée, un mythe narcissique, un fantasme égotique. Et je peux en changer en un claquement de doigts. Alors où est la vérité, ma vérité là-dedans ?

 

 

J’ai fait un tirage de cartes et j’ai été frappée par une carte en particulier : The mystical shaman. Le message de cette carte, tel que je l’ai compris, c’est que l’histoire qu’on se raconte est une incroyable porte d’entrée pour la connaissance de soi, si et seulement si on est capable de s’en détacher. 

On se crée nos histoires sans même s'en rendre compte

J’écoutais un intervenant, reconnu dans son domaine d’expertise, nous parler de son interprétation de l’histoire de l’Egypte. Il disait n’avoir aucune croyance : 1ère histoire qu’il se raconte à lui-même. Nous avons tous des croyances dont 80-90% sont inconscientes, donc impossibles à éradiquer. Et philosophiquement parlant, il est impossible de ne pas croire car sinon cela signifierait que nos fonctions cognitives ne marchent pas et nous ne serions pas vivants : « le ciel est bleu » est une croyance, un postulat commun à l’humanité basé sur une perception subjective de l’œil humain. Le daltonien n’est peut-être pas d’accord, le chien et le requin non plus. 

Mais revenons à notre intervenant qui dit n’avoir aucune croyance… eh bien, c’est une croyance. Et cette croyance lui a sûrement été bénéfique à un moment dans sa vie pour justement s’affranchir des diktats de la bien-pensance, de l’académie, de la norme. Et cela lui a permis d’ouvrir son esprit à d’autres systèmes de pensées, d’autres formes de sensibilité. Le problème vient du fait de rester accrocher à cette histoire-là car elle l’empêche de progresser. En se racontant qu’il n’a pas de croyances, il s’empêche de voir celles qui sont là, totalement présentes, y compris celle qu’il vient d’émettre. Et le voilà parti dans des explications sur l’Egypte ancienne qui sont cohérentes seulement jusqu’à un certain point car les croyances sous-jacentes inconscientes le désalignent dans sa compréhension intuitive globale. Il ne se rend même pas compte que sa théorie repose elle-même sur des histoires et des croyances qu’il a reçues ou construites en étant petit. 


 

L’égyptologie est une science de vieux blancs riches et misogynes datant du XIXe siècle. Merci Napoléon !

 

Nous voilà devant une fresque d’Akhenaton et Néfertiti. Akhenaton est représenté avec des formes très féminines : des seins et des hanches et donc avec un corps tout à fait semblable à celui de Néfertiti qui le suit.

 

Explication classique : Akhenaton souffrait d’une maladie génétique ou Akhenaton est représenté de manière androgyne car il représente l’équilibre entre les deux énergies masculine et féminine. Bien entendu dans le contexte de l’égyptologie telle que décrite plus haut, il est inconcevable que l’un des plus grands pharaons ayant jamais régné sur l’Egypte puisse être une femme. Et donc on tergiverse et on cherche toutes les solutions possibles pour le rattacher au genre masculin : la maladie ou la symbolique.

 

Ma réaction devant la fresque : Akhenaton ou en tout cas, la figure représentée sur la fresque est une femme, point. Et toi, qu’en penses-tu ?

 

Tout comme la gravure du pharaon Senusret et du dieu Ptah. Nous voyons clairement deux hommes se faisant face, l’un enlaçant l’autre.

 

Explication classique : un fils témoignant de l’amour à son père ou encore la représentation de la complicité et de la bienveillance du dieu sur le pharaon.

 

Ma réaction devant la gravure : c’est un couple d’homos. Mais là encore, comment faire accepter l’idée de l’homosexualité à un vieil aristo du XIXe ou à un guide copte ?!

 

Et pourtant, nous savons que l’homosexualité, du temps de l’antiquité, faisait partie des mœurs et était totalement acceptée. D’où l’expression : va te faire enculer chez les grecs. 

Dans ma vie personnelle, quel est l'impact ?

L’histoire que je me suis racontée pendant longtemps est celle où je ne connais pas la peur. Même pas peur ! L’intérêt de cette histoire, c’est qu’elle m’a permis de surmonter toutes mes peurs « physiques » : claustrophobie, agoraphobie, arachnophobie, achluophobie, ophiophobie, ablutophobie, acrophobie etc… Je ne suis pas une fille « phobe », je ne comprends pas les « phobes ». Je suis capable de tout faire, tout vivre… ou presque...

 

Car un jour, le mythe s’est effondré. Oui comme tout le monde, j’ai peur. Ça a été très dur pour moi de l’accepter, de l’admettre, de démonter mon histoire. Mon ego s’est rebellé et j’ai ressenti énormément de colère. Je me mentais à moi-même et finalement, je m’empêchais de guérir. Je souffrais de peurs bien plus insidieuses comme la peur de mourir, de manquer de temps, d’argent, d’amour qui impactaient négativement ma vie, mon comportement, ma capacité d’engagement. Aujourd’hui cette histoire, je l’ai changée : oui, j’ai des peurs. Ce qui n’a pas changé par contre, c’est ma volonté et ma capacité à les affronter. 

Je te donne encore un autre exemple d’une histoire que je me suis racontée : je suis surdouée. J’ai été diagnostiquée à huit ans par une psychologue. Cette histoire m’a sauvé la vie. Sans elle, je n’aurais jamais pu accepter ma différence, mon décalage et je me serai senti terriblement seule et incomprise. Simplement en posant un mot, j’ai pu banaliser ma situation, mon ressenti et l’accepter. Le problème, c’est que cela a aussi développé un certain complexe de supériorité. Les gens sont bêtes, je suis intelligente. Comme je me la pète ! 

 

Alors cette histoire, j’ai arrêté de me la raconter et mon complexe de supériorité s’est effrité en même temps que l’histoire était oubliée. Chaque homme, chaque femme que je rencontre est différent, pense autrement, a une histoire qui lui est propre. Et c’est là, toute la valeur et la richesse de l’humanité : son infinie diversité. Je ne suis pas plus intelligente qu’untel ou unetelle. Nous avons chacun et chacune nos domaines d’expertise, notre propre excellence, nos supers-pouvoirs. Ce ne sont pas toujours les mêmes et c’est tant mieux. 

La morale de l'histoire...

Les histoires qu’on se raconte, quelles qu’elles soient, nous sont utiles, voire salutaires, à un moment donné dans notre vie. Mais il faut aussi se rendre compte qu’elles sont à double tranchant et qu’il est donc essentiel de ne pas s’y attacher, de savoir en changer, de les faire évoluer ou tout simplement de les balayer. Tabula rasa !

 

 

J’entends parfois des gens me dire à quel point ils sont heureux alors qu’ils sont malades ou blessés. Ils se racontent une histoire et ne veulent pas voir ce qui cloche dans leur vie. Je sais que c’est difficile, douloureux, pénible d’affronter sa réalité plutôt que de rester accrocher à la belle image que l’on souhaite renvoyer. Cependant, accepter de voir derrière le voile du mythe que l’on se crée, c’est la porte de la guérison. Simuler le bonheur empêche de voir la cause du malheur et de s’en occuper.

L’humain est ainsi : il rit et il pleure, il jouit et il souffre, il aime et il hait, il vit et il meurt. Il oscille entre deux polarités. Bien entendu, il préfère la lumière à l’ombre, le bonheur au malheur, la vie à la mort. Et dans son attachement à la jouissance, il oublie parfois de reconnaître qu’une pièce comporte toujours deux faces.

 

Dans toute bonne chose, il y a une part de mauvais et dans toute mauvaise chose, il y a une part de bon. Sans l’ombre, la lumière ne se verrait pas. Sans la mort, la vie n’existerait pas. Sans le malheur, le bonheur ne serait pas.

 

Alors aimons les deux polarités car c’est dans leur équilibre que notre vie prend tout son sens. N’ayons pas peur de voir le beau mais n’y soyons pas attachés. N’ayons pas peur de voir le laid mais n’y soyons pas attachés. Laissons-nous fluctuer dans les cycles de la vie et laissons-nous porter.

 

Racontons-nous toutes les plus belles histoires et les plus moches aussi, en gardant toujours à l’esprit ce qu’elles sont… des histoires !

 

Let’s flow !  

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