De l'horrible envie de mourir à l'impensable joie de vivre ses rêves... Oui, c'est possible

Bienvenue dans mon enfer

Cette histoire, elle commence à l'adolescence, la période la plus sombre de ma vie...

 

Mal dans ma peau, mal dans ma vie, je ne me sentais vraiment pas à ma place et j'avais très très envie de mourir, chaque heure de chaque jour, tellement la douleur et la peine que je ressentais à l'intérieur me faisait mal.

 

À 15 ans, ma meilleure amie était une lame de rasoir qui me servait à me découper la chair quand j'avais trop mal dedans. Une entaille pour exorciser le mal, un peu de sang pour soulager la pression. Quand j'avais mal dehors, je n'avais plus si mal dedans. Sérieux, mon bras gauche ressemblait à un rôti passé sur le grill. Et puis, le temps a passé. J'ai eu mon bac et mon environnement a changé. J'ai arrêté de me taillader mais j'avais toujours atrocement mal.

 

J'étais étudiante et je ne comprenais toujours pas le monde qui m'entourait. Pourquoi ils rient? Ok je ris aussi. Pourquoi ils sourient? Ok je souris aussi. Pourquoi ils sont contents? Je sais pas, je vais faire semblant aussi. Alors plutôt que de trancher, je suis rentrée dans une phase d'auto-destruction pour anéantir ce que j'étais. Et j'ai abusé de tout : de soirées, d'alcool, de drogues, de sexe, de moi. Tout pour anesthésier le mal de dedans, celui qui ronge sans être visible. Et toujours le sourire aux lèvres, faux comme les seins de Lolo, mais toujours là pour paraître.

Le moment charnière

À 23 ans, j'étais diplômée et j'ai trouvé mon premier boulot. Je me suis installée et je suis rentrée dans le monde adulte. Il était temps d'être sérieuse... Alors j'ai voulu faire le bilan. Et quel bilan...

 

Simple comme un test VIH. Un test qui revient presque positif. Un marqueur sur les 2 testés affirme que j'ai le SIDA. Il faut une contre-analyse. Mon échantillon repart à Lyon, et il faut attendre une semaine pour confirmer ou infirmer le résultat.

 

Cette semaine-là c'était l'apogée de la mascarade : continuer de sourire alors que le stress me rongeait l'estomac, ne rien dire ni aux collègues, ni aux amis, ni à la famille alors que l'on a envie de hurler, de pleurer, d'être réconforté.

 

Le samedi suivant, je retourne au labo et demande mes résultats. On ne me les donne pas, on me dit qu'il faut prendre rdv chez le médecin. Je m'affole, je demande pourquoi. On me dit que c'est comme ça, c'est la procédure quand il y a contre-analyse. Je prends rdv chez le médecin, j'ai la certitude que je vais crever de cette merde. Je m'imagine déjà squelettique et vérolée en train de crever seule sur un lit d'hôpital sans la famille qui ne vient pas parce qu'elle m'a tourné le dos depuis, elle a trop honte, à moins que ce ne soit moi. Et putain, qu'est-ce que j'ai peur! J'ai peur de mourir. Merde alors, 8 ans que je veux mourir tous les jours, et là, maintenant que ça se confirme, j'ai peur de la mort. Tu te fous de qui?!

 

Le médecin me reçoit et blablate encore et encore sur les risques, les comportements à rique, ce qu'il faut faire et ne pas faire, comment on se protège et comment on protège l'autre. Et bla bla bla... 30 longues et interminables minutes à me faire sermoner de tous les longs discours que l'on a reçu en 3ème pendant les cours d'éducation sexuelle dispensés par l'infirmière qui enfilait des capotes sur une banane. Je sais tout ça ! J'en ai rien à foutre, tout ce que je veux c'est savoir si je l'ai ou pas. J'interromps le monologue et je pose la question... Le couperet tombe : non je ne l'ai pas.

 

Je suis soulagée, je ne suis pas heureuse, j’ai eu peur de mourir donc j’ai quand même envie de vivre. Ce fut ma première prise de conscience majeure. Et je me trouvais face à un choix : soit je continuais comme j'étais, et dans 3 ou 4 ans, j'en serais au même point avec un nouveau test en main et un résultat peut être moins favorable ; soit je changeais radicalement.

Nouvelle chance, nouvelle vie... ou pas

La première chose que j'ai faite, c'est faire un voeu de célibat qui a duré 4 ans. C’est le premier acte d’amour pour moi que j’ai réalisé. Pourquoi? Parce que j'avais besoin de me reconstruire après m'être traitée comme une poubelle où n'importe quoi et n'importe qui pouvait entrer.

 

Durant ces 4 années, j'ai appris à me respecter. D'abord, j'ai pris soin de mon corps. J'ai arrêté l'alcool, j'ai arrêté de sortir, j'ai arrêté la cocaïne. Je me suis remis au sport et j'ai changé mon alimentation.

 

Mais voilà, j'avais toujours ces pensées suicidaires. Parce que si j'avais pris la décision de vivre, je ne m'étais pas encore occupé de la racine du problème. Et la racine, c'était la peur : la peur d'être rejetée, la peur de ne pas être aimée, la peur d'être jugée.

Retour en enfer... Brûle!

Cette peur me poussait à tous les extrêmes pour plaire, susciter l'admiration, la reconnaissance, l'amour. Et ça se ressentait énormément dans mon travail où j'accumulais les heures supplémentaires, où j'en faisais toujours plus pour plaire à ma hiérarchie, pour être reconnue et appréciée à ma juste valeur. Et j'ai bossé, encore et encore, et j'ai tout accepté, toutes les missions, toutes les demandes, tout. Et je me suis épuisée, surmenée, éreintée jusqu'à ce que je n'en puisse plus, que je m'effondre.

 

C'était un jeudi soir, une collègue me ramenait chez moi et j'ai fondu en larmes alors que sa voiture se garait sur mon parking. J'étais morte, séchée, brûlée... J'étais en Burn-out. Je ne suis pas retournée travailler le lendemain et je suis restée trois semaines en PLS sur mon canapé à alterner crises de larmes et phases catatoniques.

 

Mais mon besoin de plaire, d’être aimé était plus fort alors je suis repartie bosser.

 

Ma manager n’est pas venue m’accueillir à mon retour. Et je me suis vu, là, devant mon écran comme si rien ne s’était passé, comme si tout allait bien. Lundi, mardi, mercredi… J’ai pété un câble. Je suis allée voir la responsable de ma manager pour lui dire à quel point c’était inadmissible que personne ne soit venu me voir, ne soit venu me demander comment j’allais. Le lendemain, ma manager a fini par venir me voir et m’inviter à prendre un café avec elle. Et la conversation ne s’est pas du tout déroulée comme je l’avais imaginé.

 

J’allais recevoir une des plus grandes leçons de ma vie.

 

Bien entendu, j’ai recommencé ma complainte en lui disant que c’était inadmissible qu’elle ne se soit pas enquise de ma situation à mon retour, du pourquoi du comment de mon absence soudaine. Elle a haussé les épaules et m’a simplement demandé ce que j’avais à en dire. Alors j’ai tout déballé : la surcharge de travail, les heures à rallonge, l’absence d’aide, le manque d’écoute, les incohérences de process, les erreurs de données, la masse d’emails, etc… Elle a écouté très religieusement sans broncher. Quand j’ai eu fini, elle m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « C’est ta faute. Ton burn-out, c’est ta faute ». J’ai failli m’étouffer, envahie par la colère, la rage, la haine. J’ai dû ravaler toutes les insultes qui remontaient à ma conscience et je suis ressortie de cette entrevue plus mal qu’avant qu’elle ne commence. Je ne vais pas le cacher, j’ai détesté ma manager pendant des semaines jusqu’à ce que je comprenne.

 

Putain, elle avait raison ! Ouais, c’était MA faute !

 

Et la lumière fut...

J’étais responsable de la situation dans laquelle je m’étais mise : j’avais choisi de faire les heures pour pallier les problèmes, j’avais choisi de bosser toujours plus, j’avais choisi d’accepter tout ce qu’on me demandait… Je me pliais à toutes les demandes de tout le monde pour plaire et je vivais une vie qui ne m’appartenait pas. Je subissais tout ce qui m’arrivait, j’étais une putain de victime. Ce fut ma deuxième prise de conscience majeure. Et j’ai agi en conséquence.

 

J’ai décidé de bannir à jamais les « je dois » et les « il faut ». Je dois appeler ma mère. Je n’appelais pas. Il faut que j’aille voir ma tante. Je n’y allais pas. Je dois aller aux toilettes. Je me retenais. Il faut que je réponde à cet email. Je ne répondais pas. Je dois aller au boulot. J’étais absente pour la journée.

 

C’était radical. Et à force, un truc incroyable a commencé à se produire. Je ne subissais plus la vie, je devenais maître de ma vie. J’avais repris le contrôle : je choisis et je crée ma vie. Et les pensées suicidaires ont été de moins en moins fréquentes, jusqu’à ne subvenir que très rarement.

 

Le plus extraordinaire dans l’histoire, c’est que les rêves que j’avais laissés de côté ont commencé à se matérialiser : j’ai fait du canyoning, de l’escalade, du parachute, je suis partie en backpack solo, j’ai randonné dans les hautes plaines kirghizes, et le top du top, je suis partie faire le tour du monde avec mon amour que j'épouse 4 ans après.

Et maintenant?

Aujourd’hui, il m’arrive encore de vivre de grosses phases de dépression et d’avoir de nouveau envie de mourir.

 

J’ai envie de dire : dépressif un jour, dépressif toujours.

 

Comme l’alcoolo qui devra toujours être attentif à ne pas reboire de l’alcool, comme le junkie qui devra toujours faire attention à ne pas retouché à la came. Mais ça n’a plus la même portée qu’avant. Oui, ça m’arrive encore mais ce n’est pas grave. Bien au contraire, lorsque les pensées suicidaires reviennent, c’est un signal, un message de moi à moi qui me dit que je n’ai pas emprunté le bon chemin, que je suis en train de vivre la vie de quelqu’un d’autre, que je me suis remis à subir.

 

C’est comme pour me dire : Hé meuf, il est temps que tu reprennes les rennes et que tu recommences à vivre TA vie ! Fais tes choix ! Agis !

 

En conclusion

S’il y a une chose à retenir de cette histoire, c’est qu’il y en a trois :

 

  1. Aime-toi. Donne-toi à toi-même ce que tu attends des autres, ce que tu aimerais tellement recevoir des autres, que ce soit en termes de soin, d’attention, de temps, d’écoute, de compassion. Traite-toi toi-même comme tu aimerais qu’on te traite.
  2. Sois responsable. Où que tu en sois dans ta vie, quelque soit la situation dans laquelle tu te trouves, quelque soit la manière dont tu te sens, tu es responsable. Oui, c’est difficile à entendre. Mais si tu n’intègres pas ce principe, tu seras toujours une victime de la vie et tu ne pourras te sortir de ta merde. Accepte l’entièreté de ta responsabilité !
  3. Suis tes rêves. Une fois que tu as intégré le 1 et le 2, tes rêves sont automatiquement à ta portée et il ne te reste plus qu’à saisir les opportunités de les réaliser.