Comment être acteur de sa vie : l'histoire de Rosa et l'envie

Laisse-moi te raconter l'histoire de Rosa, une des trois filles de la famille Ramirez. Mais d'abord, plantons le décor. Voici, Sofia, la cadette était en pleine rébellion... Ah l’adolescence ! Les yeux excessivement cernés de noir, elle était contre tout, elle détestait tout et tout le monde... ça peut aussi être ça la recherche d'identité, même si pour la plupart, ces conflits sont un peu plus intériorisés. Elena, l'ainée, elle avait tout pour réussir, brillante, belle, intelligente. Elle avait d'ailleurs déjà quitté le domicile familial, s'assumant totalement et sur le point de se marier. Vraiment Elena était un modèle, un véritable modèle de réussite sociale. D'ailleurs son père ne se privait pas de le répéter à ses deux autres filles. Et puis il y avait la douce et sage Rosa, la presqu'invisible Rosa. Elle, à la différence de sa jeune sœur, elle l'entendait bien son père. Oui oui il fallait être à la hauteur, car Elena...

 

Alors Rosa en faisait plus, toujours plus mais ce n'était jamais assez, non jamais assez bien. Elle ne s'offrait jamais de repos, jamais le moindre répit. Chaque jour elle courbait un peu plus l'échine sous la tâche, par crainte du regard de son père, avancant sous les attaques acides des "il-faut". Jusqu'au jour où, à force de trop en faire au point de s'en oublier, elle tomba malade.


Oh, ce n'était rien de grave, un bon vieil ulcère qui la cloua au lit. Pas de chance, ce weekend-là c'était le mariage de sa soeur. Il fallait absolument qu'elle y aille, mais définitivement elle ne pourrait pas. Et quelque part, elle se sentait coupable mais tellement soulagée, malgré la douleur. Le matin du mariage, lorsqu'Elena vint la voir alitée, elle avait les rouges empourprées malgré l'épaisse couche de fond de teint. Visiblement elle était excédée par l'absence de sa sœur. Elle déversa sur Rosa tout son stress, ses frustrations, ses doutes. Rosa, dans l'incapacité de répondre, accepta et absorba ce tsunami d'émotions, sans aucune résistance. Elle prit alors conscience que toute cette colère n'était que le triste reflet d'un manque cruel de joie et que sa sœur, rayonnante, si belle et si parfaite, n’était qu'un écran de fumée cachant une profonde détresse par manque de tendresse.

 

"Non, je n'ai pas envie devenir comme elle" se dit soudain Rosa. Mais alors, de quoi avait-elle envie? Quelle simple question... et pourtant elle n'arrivait pas à en trouver la réponse. Elle avait tellement passé son temps à exécuter les "il-faut" et répondre aux envies des autres, qu'elle n'avait jamais réfléchi à ce dont elle, Rosa, avait envie. "De quoi ai-je envie?" répéta-t-elle. Et elle ne reçut en retour que cet horrible silence qui faisait écho à toute la tristesse de sa vie, car sa vie était morte.

 

Une petite voix lui dit alors:

 

"Tu sais pour vaincre les temps morts, il faut seulement une envie qui nous mettra en-vie. Contre l'obscurité, un seul moyen: à chaque instant d'ennui, demande-toi: "de quoi ai-je envie?" Et accomplis-le, surtout accomplis-le! Alors le temps mort deviendra temps de vie.

 

- Mais je ne peux pas, j'ai des obligations, des responsabilités, je dois..." rétorqua immédiatement Rosa en pensée.

 

Et ainsi commença un dialogue intérieur entre Rosa, et cette autre voix. Était-ce l'effet de la fièvre et de l'ulcère? peu importe... La petite voix répondit:

 

"Ma Rosa, ma douce Rosa, tout le monde a peur de ses envies, cette source si secrète qui pourrait pourtant nous faire exister. Il suffirait d'une seule envie pour exister au lieu de subir! Et chaque ennui pourrait alors présager une envie! Quel jeu, quelle joie! D'accord on dit partout que le Chemin consiste à être libre de ses envies. Mais avant d'en être libéré, il faut d'abord avoir des envies! Et oser les réaliser."

 


Rosa était perplexe...

 

"Par ou commencer?" se dit-elle.

 

"C'est facile, commence petit, prends le comme un jeu...On l'appellera "le Jeu d'En-Vie". Saches qu'une envie peut être simple et gentille: boire un verre d'eau, écouter de la musique à fond, sauter sur son lit ou écrire une lettre à un ami... tout ce qu'on ne fait jamais parce qu'on ne s'en donne pas le temps. Il suffit de tendre l'oreille. Alors voici la règle: Une ou deux fois par semaine, puis une fois par jour tu iras t'asseoir au calme. Confortablement installée, une seule question doit t'habiter, te hanter: De quoi ai-je envie, là maintenant? Toute envie qui surgira devra être prise comme une invitation sacrée à laquelle tu seras obligée de répondre. Mais attention, prends garde! Ne trahis pas la règle! Chaque envie doit être exaucée. Tu as bien compris, CHAQUE envie!"

 

 

 

Rosa sourit... Cette petite voix l'intriguait et ce qu'elle proposait semblait amusant. Alors pourquoi pas. Rosa se plia bon gré mal gré au "Jeu d'En-Vie". Et à force de s'abreuver de petites envies "sucrées", elle limitait l'attaque acide des "il-faut" en s'écoutant un peu plus. Rosa rendit un peu de chaleur à son cœur et son estomac ne s'en porta que mieux. Car pour la première fois, elle se sentait enfin heureuse, heureuse et en-vie. Et elle prit goût à ce petit jeu, qui lui réservait bien plus de surprises qu'elle ne pouvait l'imaginer...

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